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A chacun sa vérité


Sujet
A chacun sa vérité
Cette formule est-elle compatible avec l'idée de Philosophie ?

Introduction

Notre époque est celle où le progrès scientifique et technique constitue, aux yeux de la concience commune, la forme irrécusable du progrès humain envisagé du double point de vue qualitatif et quantitatif. En dehors de la science et des réponses quelle apporte aux besoins humains, resterait un espace propice au développement d'une pensée subjective, notamment pour ce qui concerne notre conduite ou le domaine de l'action : à chacun sa vérité en somme.Chacun serait libre d'avoir son point de vue personnel sur tout ou presque, et d'agir comme bon lui semble (dans les limites de l'obéissance au droit positif)sans avoir à rendre compte de sa conduite à quelque instance que ce soit.

S'il est clair que la conscience commune (ou ce que nous appellerons sens commun) pense de la sorte, il est tout aussi évident que la philosophie s'essouffle en notre fin de siècle plus que jamais.Pensée objective aux visées universalistes, aux activités susceptibles de produire des concepts (pour paraphraser Gilles Deleuze dans Qu'est-ce que la philosophie ), l'idée de philosophie semble pâtir ou à tout le moins contraster sans conciliation possible avec le subjectivisme intégral incarné par une formule telle que "à chacun sa vérité".

Si toute vérité est susceptible de se réduire au point de vue de tout un chacun, qu'en est-il du sens même de la philosophie qui se définit par la recherche de la vérité, une même vérité autour de laquelle tous les esprits en droit et en fait, seraient susceptibles de s'accorder ? Y a-t-il en somme une possibilité d'accorder une vérité hypothétique que tout un chacun revendique confusément, avec la fin ultime de vérité universelle que la philosophie se fixe au risque de se perdre elle-même si cette fin n'est pas comprise par les hommes auxquels elle s'adresse ?

I). L'idée de philosophie dans son rapport à la vérité

a). L'idée de philosophie nous situe d'emblée sur le terrain du concept

C'est l'idée de philosophie qu'il s'agit de questionner ici et non la philosophie selon la définition que tel ou tel autre philosophe -parmi les plus illustres éventuellement - seraient à même d'en donner.L'idée de philosophie semble donc ici renvoyer à une pensée libre en tant que guidée par la raison qui se propose de penser les questions fondamentales de l' existence humaine.

La Philosophie est donc recherche de la vérité, ce oui se distinoue ici de l'exactitude (cf, Heidegger, La Q,uestion de la technique). Ce qui est exact n'est pas le vrai; il s'agit au contraire de questionner l'essence de la vérité afin de déterminer le fondement des phénomènes, et non de se borner au constat de leur existence factuelle ou positive.

Il en résulte que la philosophie se situe sur le terrain de l'idée, ce que contredit clairement la formule "à chacun sa vérité".cette formule entend signifier que chacun est libre d'avoir sa philosophie, le problème ne fait que rebondir davantage : ce serait, dans cette perspective, placer la philosophie sur le terrain de la simple opinion. Hypothèse d'autant plus absurde qu'elle va à l'encontre de la tache que la philosophie se propose depuis Platon.

Il n' en demeure pas moins que plusieurs définitions de la vérité restent envisageables y compris pour le philosophe.

b). Une vérité ou des vérités ?

S'il est vrai que le philosophe recherche la vérité, différentes manières de procéder sont envisageables suivant qu'on se place ex parte objecti ou ex parte subjecti.

La vérité peut être recherchée du côté de l'objet comme dans la philosophie antique et médiévale.Est vrai par exemple ce qui exprime l'adéquation de notre intelligence (connaissante) à l'objet ou la réalité (connaissable en droit et/ou en fait).La définition thomiste de la vérité s'énonçant ainsi : veritas est adequatio rei et intellectus.

A l'inverse, la vérité peut être recherchée du côté du sujet (perspective de philosophie moderne).Ici notre connaissance pour objective qu'elle puisse être, dérive d'un sujet (perspective kantienne, C.R.P. § 16). Ou encore, toute connaissance commence par la découverte de notre subjectivité (cogito cartésien, MM. 2 et 3).

c). Sur quel critère la vérité se fonde-t-elle

Si différentes définitions de la vérité sont concevables, différents critères de la vérité peuvent être distingués ici aussi.

Selon Descartes, le critère du vrai est à rechercher dans l'évidence (clarté et distinction, cf. Cours sur la conscience).Ce critère pouvant être critiqué pour son excessif subjectivisme : nul ne me garantit que ce qui m'est évident le soit nécessairement pour autrui. En outre il faut distinguer avec Kant le critère formel de la vérité (respect du principe de contradiction et des normes de la logique) et le critère matériel (ce que nous énonçons resite-t-il à l'épreuve des faits ?)

Plusieurs définitions de la vérité et du critere sur lequel elle repose ne prouvent-elles pas qu'il n'y a pas de vérité du tout et que l'idée de philosophie est vide de sens ? Pareil problème resterait mal posé. C'est toujours une même vérité que les philosophes recherchent malgré leurs divergences, et cette recherche est susceptible d'une multiplicité de méthodes.La vérité se situe sur le plan de l'être et non sur celui des apparences : la leçon de Platon reste plus actuelle que jamais.

C'est pourtant un cinglant démenti que sernbe lui er le sens commun en revendiquant ue vérité qui riengage que celui qui s'en prévaut.

II). Le problème de la légitimité de "A Chacun sa vérité"

a). La tentation sophistique

La thèse selon laquelle la vérité se réduit à ce que l' individu veut bien en énoncer n'est pas nouvelle, pas plus qu'elle ne constitue un privilège du sens commun.Les Sophistes contemporains de Platon en avaient déjà fait leur credo phiolosophique au Vème siècle av.J.C. Ce relativisme humaniste postulait avec Protagoras que l'homme était la mesure de toutes choses, et que sur un même problème il était légitime d'énoncer une thèse aussi bien que sa contradictoire.

Ce faisant, la sophistique confond l'être et les apparences, le vrai et le vraisemblable, l'opinion (contradictoire, subjective, relative, contingente et indéterminées avec l' idée (objective et dont la dimension universaliste et impersonnelle fait tout le sens).

Par delà ies attaques platoniciennes et aristotélciennes dirigées à l'encontre de la sophistique, celle-ci demeure absurde (si toutes les opinions les plus contradictoires se valent, pourquoi en effet en discute-t-on ? en outre, l'idée de vérité est inséparable de celle de l'unité de sens : que vaudrait une vérité qui ne serait pas la même pour tous ?). Enfin, la thèse sophistique est le lieu de tous les excès : dans cette perspective de relativisme intégral, sur quel fondement distinguer le juste de l'avantageux, le beau de l'agréable, le bien de l'avantageux, et le vrai du vraisemblable ?

Les faiblesses de la sophistique ne mettent pas fin au rêve d'une vérité se réduisant à chacun comme en témoigne la tentation de vouloir penser par soi-même

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