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Sans autrui, y aurait il des passions ?


Sujet
Sans autrui, y aurait il des passions ?

Introduction

Qui voit souvent de jeunes gens nostalgiques sait parfaitement qu'il n'est qu'une question à poser : Comment s'appelle-t-Elle ? A ceux--là jamais vous ne ferez croire que leur passion trouve peut-être sa source ailleurs que dans la perfection de l'être aimé... Ainsi le sens commun voit dans la plus grande des passions, la passion amoureuse, l'expression d'une attirance vers autrui. N'est-ce pas là en fait une vision réductrice ? Certains romantiques, dans leur exaltation du moi, semblent l'affirmer. Citons Musset :

"Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse,
Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse."

Deux abîmes se présentent alors : Considérer autrui comme l'objet et la source uniques de la passion ne serait qu'une illusion. A contrario, imaginer faire abstraction de l'existence d'Autrui dans la conduite de ses passions peut avoir des conséquences dangereuses, isolement, et, peut-être, mégalomanie.

Développement

I). Le passionné, un être solitaire :

  • 1/ Passion et imagination :
Camus évoque le charme comme "une manière de s'entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire." L'être passionné, pensons au jaloux par exemple, est en effet en permanence en recherche d'indices soutenant sa passion. Son imagination déborde. Il vit dans l'illusion. Il apparaît que la cécité du passionné est dans l'essence même de la passion. Elle est ce qui donne à l'émotion sa durée, donc son caractère de passion. Toute chose extérieure à l'objet de la passion perd son intérêt. L'être passionné, monomaniaque, tend donc à rompre avec le monde. Par opposition, l'objet de la passion est généralement idéalisé. Le domaine de prédilection de la passion est alors, semble-t-il, l'esprit humain dans son individualité. Stendhal parle de cristallisation : de même qu'au fil du temps un baton déposé dans une mine de sel se couvre d'une couche brillante, l'individu aimé, peu à peu, dans l'esprit de l'amant, se transforme en un absolu...
  • 2/ La passion, quête d'absolu :
Edmond Rostand : "Cyrano de Bergerac" :

"On ne se bat pas dans l'espoir du succès,
c'est bien plus beau lorsque c'est inutile."

La passion peut ainsi être vue comme une fin en soi, comme ce qui doit représenter l'essence de la vie. Elle est alors un choix, une décision individuelle; elle est le moyen d'atteindre un absolu, de se rapprocher du sublime. On commémorera le 19 janvier prochain le 27è anniversaire de la mort de Jan Palach. Cet étudiant tchécoslovaque s'était, peu après le Printemps de Prague, immolé par le feu pour protester contre la réaction dictatoriale dans son pays. Outre le geste politique, on peut y voir, chez un être passionné, le désir du sacrifice suprème.
  • 3/ Autrui, l'intru
La passion n'existe que dans un esprit et ne tend que vers un objectif. Pour cette raison, toute personne qui s'immisce entre le passionné et l'objet auquel il aspire est vue comme un obstacle, un ennemi potentiel. Ainsi Molière, peignant l'Avare, nous le présente souvent suspicieux, inquiet... Plus proche de nous, on peut citer Hitler. Tout à sa soif de domination et de pouvoir, il élimina tous ses adversaires influents, et même ses anciens comparses, devenus "encombrants". Ainsi de Röhm durant la Nuit des longs couteaux.

II). Le désir de reconnaissance par autrui, origine de la passion :

  • 1/ La passion, mode de relation à Autrui
Hegel, évoquant les grands hommes, reconnaît que bien souvent leur passion n'avait de motifs que personnels. Si jamais il changèrent favorablement le monde, ce ne fut jamais que par un relatif hasard. César eût-il entrepris la campagne des Gaules, s'il n'avait eu une insatiable ambition politique ? Mais en cela même, il s'affirmait comme désireux de reconnaissance. La recherche du pouvoir n'est en effet autre chose que la recherche d'une relation à l'autre, relation certe pervertie par des liens de domination. De la même manière, que l'on pense à l'avarice, à la jalousie, ou au goût de la collection, toujours apparaît en filigrane un désir d'affirmation du Soi et de son originalité, en réaction face à autrui...
  • 2/ La quête d'une image :
Citons de nouveau "Cyrano de Bergerac", lequel déclare :

"J'ai choisi [le parti] le plus simple, de beaucoup,
J'ai décidé d'être admirable en tout, pour tout."

Il semble que la conduite d'un héros tel que Cyrano, archétype du passionné, soit en fait principalement dicté par le désir de paraître. On peut ainsi l'entendre affirmer, au seuil de la mort, sa satisfaction d'être parvenu à conserver le plus important : son "panache".

On peut imaginer que la passion n'est qu'un jeu de la raison humaine, qui cherche le sens de son existence, et croit le trouver dans le choix d'un rôle. Tout comme le garçon de café que nous présente Jean Paul Sartre, le passionné cherche à s'inscrire dans un moule traditionnel. Lorenzaccio, le héros de Musset, est conscient de l'action de ce dédoublement en lui; jeune garçon il lisait avec passion la "Vie parallèle des hommes illustres" de Plutarque. Plus tard, démocrate, voulant rejeter le joug de son oncle le duc, il s'écrie : "Je veux être un Brutus." De fait, il tue, alllant jusqu'au bout de sa passion. Alors, ayant joué le rôle qu'il s'était assigné, il meurt. Il espérait en fait être admiré, modèle, inspirateur ("Il faut que le monde sache un peu qui je suis et qui il est").
  • 3/ La passion de la passion ou l'aspiration à l'inaccessible : :
Un mode particulier de quête d'image peut se découvrir dans une hypocondrie de la passion, qui devient alors unique forme d'expression et de vie. Se dessine ici l'image baudelairienne de l'artiste, solitaire au plus haut point ( N'évoquons que l'Albatros). Fausse solitude en réalité que celle-ci, qui consiste en la quête de l'autre. Songeons à la mélancolie; ne s'agit-il pas d'un culte voué à la passion ?

III). Autrui, un intru nécessaire :

  • 1/ Les passions, fruits de la vie en société
Comme le montre très bien l'étude des enfants sauvages (citons le cas de Victor de l'Aveyron, envisagé par Jean Itard), l'absence de société prive l'être humain de tous ses traits caractéristiques : langage, sentiments... De longues années de rééducation humaine seront nécessaires au jeune garçon pour que l'on trouve chez lui les premières manifestations de sentiments. En outre, si l'on admet l'hypothèse apparue précédemment selon laquelle l'essence de la passion est dans le désir de reconnaissance par autrui, la présence d'autrui paraît nécessaire à la gestation de la passion.
  • 2/ La solitude humaine n'existe pas :
On ne peut être homme dans la solitude totale. Ainsi pour Lévi-Strauss, "l'homme naturel n'est ni antérieur, ni extérieur à la société. Il nous appartient de retrouver sa forme immanente à l'état social hors duquel la condition humaine est inconcevable." L'être seul semble en effet perdre son humanité. Defoe, lorsqu'il nous présente un Robinson Crusoé administrant son île, corrompt l'anecdote dont il tire son oeuvre. L'être trouvé isolé sur l'île était en réalité tombé dans un état proche de la folie. Par ailleurs, n'est humain que celui qui est reconnu comme tel, par une communauté d'humains. En conséquence, l'individu perpétuellement isolé ne peut être humain. Autrui apparaît donc indispensable à la passion car indispensable à la vie humaine. Aristote déjà décelait le rôle essentiel de l'autre dans la vie de chaucun, lorsqu'il proclamait que "sans amis, nul ne voudrait vivre."
  • 3/ De l'alter ego au cosmos.
On discerne très bien l'ambiguïté de la passion amoureuse dans l'expression alter ego. La recherche d'un idéal d'harmonie, d'une phase avec un autre moi, s'avère être solitaire et égocentrique. Le narcissisme est alors de rigueur. Pourtant l'aspiration réelle est à l'amour, à une relation humaine aussi intense que possible. L'existence semble donc louvoyer entre le Soi, source fondamentale de l'existence et Autrui, source fondamentale de l'humanité. Soi et Autrui, parts du cosmos, sont sans doute indissociables comme semblent l'affirmer les sagesses orientales ou antiques. Le bouddhisme, d'une part, voie dans la méditation le chemin vers une fusion avec l'univers, vers un nirvana. Les premiers philosophes grecs, d'autre part, tels Thalès ou Anaximandre, découvrent eux aussi une unité au monde, un principe premier (respectivement l'eau ou l'air).

Conclusion

Ainsi, si les manifestations de la passion sont le plus souvent solitaires, ses origines peuvent être considérées comme essentiellement sociales, et autrui, part incontournable d'une vie humaine, a un rôle essentiel dans le mécanisme des passions. La passion, comme désir de l'image du désirable, contribue à l'intégration dans la société. Pourquoi alors a-t-elle été si longtemps, et est-elle encore généralement, un motif de crainte et de suspicion ? Sans doute parce qu'elle l'indice de l'existence d'autrui comme sujet, comme être différent, qui garde donc toujours une part d'imprévisible. La présence même de ce sujet nous fait découvrir notre existence comme objet, ce que Sartre résume ainsi : "Autrui est d'abord pour moi l'être pour lequel je suis objet." L'autre a donc une importance primordiale dans l'existence du Soi. Serions-nous alors réduits à n'exister qu'entre l' autre et le néant... ?

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