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Ne désirons-nous que ce dont nous avons besoin ?


Sujet
Ne désirons-nous que ce dont nous avons besoin ?

Cette dissertation provient du site http://mapage.noos.fr/philosophie/, en accord avec son webmaster.

Il est courant de distinguer le besoin du désir. En effet, on prête au besoin une nécessité, un caractère impérieux relativement à la vie, voire à la survie, qu'on ne reconnaît pas au désir dont les objets sont jugés plus ou moins futiles pour l'existence. Ce qui invite à penser qu'il y a entre l'état de besoin et le désir une différence irréductible. Le besoin serait de l'ordre de la nécessité, essentiellement biologique, de la survie, tandis que le désir lui serait de l'ordre du superflu ou viserait des fins qui sont très au-delà de la survie, comme le plaisir ou le bonheur, choses sans lesquelles il est possible de vivre. On a besoin du nécessaire, on désire le superflu. Toutefois, il est tout aussi courant d'employer indifféremment le mot besoin et le mot désir relativement aux mêmes choses. On peut dire qu'on a besoin de manger, d'apprendre, d'être aimé, de se divertir... , tout comme on peut désirer tout cela. C'est pourquoi il est légitime de se demander si nous ne désirons que ce dont nous avons besoin.
En d'autres termes, est-ce parce que nous en avons besoin, qu'ils nous sont nécessaires, que nous désirons certains objets ou certaines fins ?

Il semble que oui, mais alors comment expliquer que certains de nos désirs portent sur des objets qui sont loin de nous être nécessaires ? Ne désirons-nous pas plus de choses que celles qui nous sont absolument indispensables ? Mais, d'un autre côté, est-il possible de désirer quelque chose sans en avoir besoin à un titre quelconque ? Pourrions-nous désirer quelque chose qui ne nous soit utile en rien ?

Le désir est-il réductible à l'état de besoin dont il serait la manifestation ou n'est-il pas au contraire ce qui engendre l'état de besoin lui-même ? A moins toutefois qu'il ne soit pas d'une autre nature que le besoin.



La notion de besoin désigne non pas une chose en tant que telle, mais l'état d'un être vivant ou d'une chose (cette chambre a besoin d'être rangée !) par rapport à ce qui lui est nécessaire en vue d'une fin quelconque. (Définition tirée du dictionnaire philosophique de Lalande). On dira par exemple que l'on a besoin d'un marteau pour planter un clou, que les enfants ont besoin d'être éduqués, que nous avons besoin de nous nourrir pour vivre.

De cette définition, on peut dégager l'idée selon laquelle la notion de besoin se définit par le lien qui existe entre un moyen et une fin : c'est par rapport à une fin quelconque : avoir une chambre bien rangée, planter un clou, être éduqué, vivre, que l'état de besoin apparaît, mais cet état apparaît lorsque cette fin est manquée parce que le moyen qui permettrait de la réaliser manque lui aussi. Ce dont on a besoin, c'est toujours d'un moyen nécessaire en vue d'une fin, mais on en a besoin seulement lorsqu'il manque et parce qu'il manque. Avoir besoin, c'est manquer du moyen nécessaire à l'accomplissement d'une fin quelconque. Lorsque je dispose de ce moyen, je n'en ai pas besoin puisque je n'en manque pas, je l'utilise, je le mets en oeuvre, voilà tout.

En somme, l'idée de besoin est inséparable de celles de finalité et de manque, de privation. Sans elles, l'idée de besoin serait elle-même privée de sens.

Or, si le désir peut être décrit comme une tendance consciente vers un objet ou une fin, c'est aussi en terme de finalité et de manque qu'il est possible, par-delà sa description, d'expliquer son existence. C'est en effet ainsi que Platon, dans Le Banquet, rend compte de la nature du désir : il est l'effet d'un manque de quelque chose par rapport à ce que je devrais être ou devrais posséder pour être accompli, excellent, donc pour être heureux. Je désire ce qui me manque parce que j'en manque et si j'en manque, c'est non pas simplement parce que je ne possède pas ce qui me manque, mais parce qu'en outre je devrais le posséder. Si je désire posséder de belles et bonnes choses, telles que la santé, la richesse, la force ou des vertus, c'est parce qu'il me faut les posséder pour être un homme accompli, pour atteindre l'excellence de ma nature d'homme ou dans la fonction que la nature ou la Cité m'ont assigné. Ou, ce qui revient au même ici, pour être heureux, puisqu'il n'y a pas de bonheur en dehors de l'excellence.

Puisqu'on peut rendre compte du désir comme du besoin avec les notions de manque et de finalité, de moyen manquant et de fin, on peut en conclure qu'il n'existe pas de différence de nature entre l'état de besoin et celui dans lequel on désire. L'état de besoin et le désir serait la même chose ou les deux faces d'une même chose : l'état passif de besoin aurait pour envers dynamique le désir. L'état de besoin qui n'est en effet qu'un état, un état passivement vécu qui exprime, quelquefois douloureusement, un manque serait l'envers du désir, déterminé par ce même manque, mais comme tendance vers un objet ou une fin, exprimant ainsi une force, une activité que n'est pas présente dans l'état de besoin.

De ce point de vue, on peut soutenir que nous désirons ce dont nous avons besoin. D'une part au sens où l'on peut dire que l'état de besoin est à l'origine d'un désir qui va prendre pour objet le moyen qui nous manque, celui dont précisément nous avons besoin, dans la poursuite de notre fin, et donc que le désir a pour fonction de mettre fin à l'état de besoin. Dans ce cas, le désir est subordonné au besoin, n'existe et ne se manifeste que par rapport à lui et dans le but de le faire cesser. Et, d'autre part au sens où l'on peut dire qu'étant de même nature les fins par rapport auxquelles l'état de besoin peut se faire sentir sont précisément celles que le désir vise, les fins par rapport auxquelles il y a besoin. Dans ce cas, ils sont purement et simplement identifiés l'un à l'autre.

Du reste, le caractère interchangeable des mots besoin et désir dans de nombreuses expressions communes témoigne en faveur de cette identification. On utilise souvent indifféremment le mot désir et celui de besoin lorsqu'on parle de vivre, d'être aimé ou reconnu, de connaître une promotion sociale, de se livrer à une activité physique ou intellectuelle, ou encore de luxe et de raffinement. Nous ne désirerions donc que ce dont nous avons besoin.

Seulement, cette thèse admet certaines réserves : puisque l'état de besoin peut être relatif à n'importe quelle fin, alors que le désir est lui exclusivement en rapport avec nous-mêmes comme fin, il faut préciser que si nous ne désirons que ce dont nous avons besoin, nous ne désirons pas tout ce dont nous avons besoin : lorsque nous avons besoin de quelque chose qui nous manque en vue d'une fin qui n'est pas nous-mêmes, d'une fin qui nous est extérieure, comme par exemple celle de planter un clou, nous ne pouvons pas désirer ce dont nous avons besoin. Désire-t-on la possession d'un marteau ? Non, mais alors, comment nous procurons-nous les moyens dont nous avons besoin si nous ne tendons pas vers eux par désir de se les procurer ? Par un acte de la volonté, subordonné à la raison qui détermine par un calcul les moyens à employer pour se procurer le moyen qui nous manque, celui dont nous avons besoin. Par un acte de la volonté, ce qui est autre chose que par désir.



Toutefois, soutenir que nous ne désirons que ce dont nous avons besoin, c'est peut-être se laisser abuser par la ressemblance structurelle que l'on peut observer entre l'état de besoin et celui de désir : s'il faut bien d'une part remarquer que l'état de besoin comme le désir s'apparentent en cela qu'ils sont tous les deux l'effet d'un manque par rapport à une fin, rien n'indique d'autre part que l'apparentement soit total, rien n'assure que par-delà cette ressemblance, les fins propres à l'état de besoin coïncident avec celles propres au désir. Ce pour quoi je désire est-ce aussi ce pour quoi je suis dans l'état de besoin ? Ce qui me manque et provoque en moi l'état de besoin, est-ce aussi ce qui me manque en déterminant mon désir ?

Rien n'est moins sûr.

Que le désir soit l'effet d'un manque par rapport à une fin n'implique nullement que le désir soit à ce titre engendré par l'état de besoin. Tout au contraire, on peut soutenir que ce sont nos désirs qui parce qu'ils sont l'effet d'un manque créent un état de besoin. Le désir, non seulement peut se distinguer de l'état de besoin, mais en outre, il peut aussi être premier et déterminer l'état de besoin, le provoquer. C'est parce qu'on a des désirs qu'on a des besoins, et non l'inverse. C'est parce que je désire être heureux que j'ai des besoins, que j'ai besoin des belles et bonnes choses qui me rendront heureux et non l'inverse. L'état de besoin apparaît ainsi comme la conséquence du désir. Ce qui signifie que ce que je désire, je n'en ai pas besoin, du moins je n'en avais pas besoin avant de le désirer. Ces belles et bonnes choses, je pouvais m'en passer, ne pas en avoir besoin, tant que je en les désirais pas ou, ce qui revient au même, je pourrais m'en passer si je ne les désirais pas. Elles ne me deviennent nécessaires que parce qu'il se trouve que je désire être heureux.

Ce qu'il faut soutenir donc, c'est que je ne désire pas que ce dont j'ai besoin, mais à l'inverse que j'ai besoin de ce que je désire parce que je le désire et seulement pour cela. Le désir est premier et c'est par rapport à lui que l'état de besoin surgit. C'est cet état qui est subordonné au désir en réalité et non l'inverse. Paradoxalement, la confusion qu'on peut observer entre l'état de besoin et le désir en fournit une confirmation : on la comprenait comme la preuve d'une identité entre le désir et l'état de besoin, mais confondre besoin et désir indique au moins autant que nos désirs peuvent engendrer des besoins. Si j'ai besoin d'être aimé ou reconnu, c'est d'abord parce que je désire l'être et que ne l'étant pas ou pas assez, j'ai fini par en avoir besoin. De plus, comment expliquer autrement l'existence de besoins dits sociaux, c'est-à-dire de besoins qui nous sont inspirés non pas par notre nature biologique, mais par notre appartenance à la vie sociale et économique et à l'offre d'objets, si ce n'est par le désir de les posséder ? Puisqu'avant de nous être offerts, on pouvaient vivre sans ces objets, c'est donc que nous n'en avions pas besoin, mais puisqu'une fois qu'ils le sont, nous nous découvrons le besoin de les posséder, c'est donc que nous les avons désirés de telle sorte qu'ils ont fini par engendrer un état de besoin. On pourra toujours trouver de tels désirs vains, comme le fait Epicure lorsqu'il distingue les désirs nécessaires et naturels des désirs non nécessaires et non naturels, comme le désir de faire bonne chère, ils n'en sont pas moins des désirs et des désirs qui finissent par engendrer des besoins en créant un état de manque. L'état de besoin est l'état dans lequel nous plonge un désir exaspéré, frustré. La nécessité de faire cesser l'état de besoin n'est pas biologique, elle est engendrée par un désir.



Allons plus loin : si le désir est premier et engendre un état de besoin, c'est-à-dire un état de manque par rapport à une fin déterminée par le désir lui-même, il n'est peut-être pas exact de réduire le désir à l'effet d'un manque, comme le fait Platon. S'il peut être pertinent de le penser de cette manière, il apparaît néanmoins qu'il déborde le cadre fixé par le couple de notion manque et finalité. Ce qui signifie que loin d'être toujours l'effet d'un manque, il semble surtout être la cause d'un état de manque qui coïncide précisément avec l'état de besoin. Mais dans ce cas, on peut expliquer le désir indépendamment d'un état de manque, on peut dire que le désir n'est pas lié à un manque par rapport à une fin imposée par ma nature d'homme ou par des exigences sociales, mais qu'il est souverain, qu'il fixe ou pose souverainement les fins qu'il vise. Or, précisément, cette nouvelle définition du désir est celle qu'en donne Spinoza, dans L'Ethique. Si je désire quelque chose, ce n'est pas parce que je juge la chose que je désire bonne en ce sens qu'elle m'est utile pour être heureux ou en ce sens qu'elle me fait défaut, mais c'est parce que je la désire que je la juge bonne. Le désir est souverain, c'est lui qui détermine la valeur des choses : il en accorde à celle qu'il vise et en refuse à celle qu'il dédaigne. De ce point de vue, il est possible de radicaliser ce que nous soutenions précédemment : si le désir est souverain, il ne se définit pas comme l'effet d'un manque, mais au contraire provoque cet état de manque qui a pour autre nom l'état de besoin. Ce n'est que par rapport à lui qu'il y a besoin et finalité et relativement à un désir qui lui est entièrement maître des fins ou des objets qu'il vise.



Qu'est-ce que cela change de déclarer le désir souverain et non déterminé par un manque ? Cela implique que les fins du désir ne sont pas nécessairement centrée sur mon être, ma personne, qu'elles peuvent être d'un tout autre ordre que des fins internes, qu'elles peuvent être externes, sans rapport avec moi. Or, n'est-ce pas ce qu'on observe ? Si le désir est bien souvent désir d'être heureux, il peut aussi bien être désir de changer le monde, de créer une oeuvre, de conquérir de nouveaux espaces, mais aussi désir de l'impossible, de retrouver une jeunesse ou une santé qu'on a perdu pour toujours, de rencontrer un prince charmant, de gagner au loto sans jouer... Les fins que le désir peut poser souverainement sont libres de toute limitation au point de sembler parfois totalement folles. Mais qu'est-ce que ce genre de fins ? Quelles sens ont-elles ? Ces désirs visent tous des fins qui sont au-delà du présent, du monde tel qu'il est, du possible même. Ce qui signifie que si elles ne proviennent pas d'un état de manque ressenti par le sujet qui désire, elles s'expliquent toutefois toujours par l'idée de manque : ce qu'elles indiquent, ce qu'elles expriment, c'est que le monde qui nous entoure manque de quelque chose, qu'il n'est conforme à ce qu'on attendait de lui. S'il y a manque ici, c'est du côté du monde et non en le sujet qu'il se trouve. Ces désirs visent par-delà ce qui est, un autre chose qui n'est pas ou pas encore et qui semble manquer à ce qui est, lui faire défaut.



Mais, si le désir est compris comme désir de ce qui n'est pas et de ce qui manque au monde, il se distingue radicalement du besoin, rompt tout lien avec lui. On peut désormais soutenir que ce que je désire n'a rien à voir avec ce dont j'ai besoin. Pourquoi ? Parce que si d'un côté, ce que je désire, c'est quelque chose qui n'est pas de ce monde, d'un autre côté, ce dont j'ai besoin parce cela me manque, c'est toujours quelque chose que non seulement je devrais avoir pour accomplir une fin déterminée, mais surtout quelque chose que je pourrais posséder parce que le monde me l'offre. Ce dont j'ai besoin, c'est de quelque chose qui me manque, mais c'est aussi toujours quelque chose qui existe quelque part, qui est au monde, du monde, qui est présent ailleurs, alors que ce que je désire, c'est non seulement quelque chose qui n'est pas présent, mais qui surtout n'est nulle part au monde, qui n'est pas du tout. Le besoin a toujours un objet réel, le désir n'a pour objet que des choses qui ne sont pas. L'état de besoin se distingue donc du désir parce qu'il exprime toujours une relation qui existe entre un être et son milieu qui tout à la fois inspire et satisfait ses besoins. Je ne saurais donc avoir besoin de quelque chose que le milieu n'offre pas, qu'il s'agisse du milieu naturel ou du monde humain, de la réalité économique, sociale et culturelle au sein de laquelle les hommes sont immergés. Le désir quant à lui est comme affranchi du milieu, peut viser au-delà de lui, au-delà du monde et du possible, il n'exprime pas une relation de symbiose avec le milieu, il le nie dans et par ce qu'il vise.

Ce qui se traduit par deux attitudes très différentes l'une de l'autre.

La première, longuement analysée par la psychanalyse, est la production de fantasmes. Ce que l'imagination produit sous l'effet du désir, c'est ce qui manque au monde, un autre monde dans lequel je cherche à nier le monde présent, qui me déçoit parce qu'il n'est pas tel que je le souhaiterais. Le désir produit des arrière-mondes qui ravissent, qu'on oppose au monde tel qu'il est, mais qui n'ont pas la consistance du monde réel et en lesquels il n'est sans doute pas prudent de croire. Ce qui implique donc que ce que je désire à travers le rêve, le fantasme, je n'en aurai jamais besoin, parce que je n'en manque pas, c'est le monde qui manque de ce que je désire. Or, puisque cela manque au monde et que l'état de besoin n'a de sens que par rapport à quelque chose qui s'y trouve, je ne peux pas avoir besoin de ce que je désire comme je ne saurais désirer ce dont j'ai besoin : ce dont j'ai besoin ne manque pas au monde et n'a pas à être fantasmé. Au fond donc, lorsque je rêve d'être heureux, je rêve du monde qu'il me faudrait pour être heureux, riche, aimé, en bonne compagnie, toujours jeune, enfin beau...

La seconde attitude, mise en évidence par Deleuze et Guattari dans L'anti-Oedipe, en grande partie contre les analyses du désir que la psychanalyse fournit, consiste elle aussi à produire, mais à produire non pas des fantasmes, mais des oeuvres réelles, un monde réel et nouveau. Le désir produit, mais il produit du réel, le monde humain et son ordre. Il est même la seule force de création, force qui ne s'oppose au réel que pour le transformer, en tirer des choses nouvelles. Ce qui implique que le désir ne manque de rien, qu'il ne renvoie pas à un état de manque, qu'il n'a en lui-même aucun besoin, ni aucun rapport avec les besoins. Le besoin, c'est alors l'envers du désir, ce qui reste lorsque le désir a perdu de sa force productrice. Mieux, le besoin fait lui aussi partie de ce que le désir crée : en créant une oeuvre, un nouvel ordre du monde, il engendre des besoins non pas chez celui qui crée, mais chez les autres. Il faut toutefois observer que cette analyse n'est pas sans rappeler celle de Platon dans Le Banquet. Certes, le désir y est pensé comme l'effet d'un manque, mais le désir d'enfanter dans le beau, lié au désir d'immortalité, est bien compris comme désir créateur, que ce soit d'enfants, de belles actions ou de beaux discours, capables comme celui des législateurs de changer le monde, par lesquels les mortels peuvent dépasser leur condition, leur fugacité. Mais précisément, que le désir soit ultimement désir d'échapper au devenir et à la mort implique qu'il nous porte toujours au-delà de ce qui est, de notre condition, de l'état présent de la Cité lorsqu'elle est injuste, de la précarité des faux savoirs, des opinions et qu'il nous porte à créer, à produire, à engendrer.

En somme quelle que soit la perspective adoptée, il apparaît que le désir est sans rapport avec le besoin : le désir produit, des fantasmes ou du réel nouveau, le besoin consomme du réel présent, actuel. Ce qui permet donc de dire que nous ne désirons pas ce dont nous avons besoin, pas plus que nous avons besoin de ce que nous désirons, parce qu'il y a entre l'état de besoin et le désir une différence radicale.



Lorsque nous disions pour commencer que le désir semblait être l'envers de l'état de besoin tout comme il semblait être au contraire ce qui engendrait cet état de besoin, nous n'avions en réalité affaire qu'à une contradiction apparente, mais non réelle. Si le désir peut en effet s'analyser comme l'effet d'un manque, à l'instar de l'état de besoin, ce qui implique alors que le désir est l'effet d'un besoin, si on peut aussi renverser cette perspective et soutenir que c'est bien plutôt le désir, conçu cette fois comme souverain, indépendant d'un manque, qui engendre l'état de besoin, il apparaît finalement que, par-delà cette double relation entre désir et état de besoin, nous ne désirons pas plus ce dont nous avons besoin que nous n'avons besoin de ce que nous désirons, parce que le désir et le besoin entretiennent respectivement avec le réel, avec le milieu, avec le monde humain des rapports si différents qu'il n'est pas possible ni de les confondre, ni de les associer l'un à l'autre. Pour trouver une satisfaction, le désir produit un contre-monde pendant que le besoin s'empare de ce qui est au monde pour l'employer ou le consommer. Nous ne saurions donc désirer ce dont nous avons besoin.

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