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Suffit-il d'avoir raison pour convaincre ?


Sujet
Suffit-il d'avoir raison pour convaincre ?

Cette dissertation provient du site http://mapage.noos.fr/philosophie/, en accord avec son webmaster.

Lorsque Galilée affirmait que la terre tourne autour du soleil et non l'inverse, il avait raison, mais il n'a pas réussi à en convaincre le tribunal de l'Inquisition qui l'a condamné pour cela. Pourtant, puisqu'aujourd'hui nous critiquons cette condamnation, c'est que nous admettons qu'il avait raison, ce qui signifie qu'il a fini par nous convaincre. Alors, suffit-il d'avoir raison pour convaincre ? Pour peu qu'on dise la vérité, est-on assuré de pouvoir le faire reconnaître aux autres par des preuves ou des raisons ?

D'un côté, il semble qu'il suffise d'avoir raison pour convaincre parce que si on a raison, on doit pouvoir le montrer, mais d'un autre côté, si c'était vrai, on n'observerait pas de situations dans lesquelles ceux qui ont raison ne parviennent pas à convaincre.

Comment peut-on soutenir qu'il suffit d'avoir raison pour convaincre ? Que penser alors des situations dans lesquelles avoir raison ne semble pas suffir pour convaincre ? N'existe-t-il pas une condition autre que celle d'avoir raison pour convaincre ?


Qu'est-ce que convaincre quelqu'un ? C'est l'amener à reconnaître, par un discours qui expose des preuves ou des raisons, la vérité d'une proposition, d'une affirmation. Ce qui suppose d'une part que celui qu'on cherche à convaincre est, immédiatement au moins, en désaccord avec nous sans quoi il ne serait pas nécessaire de le convaincre, et, d'autre part qu'on ait raison puisque convaincre c'est faire admettre qu'on a raison. Seulement, la question n'est pas de savoir si c'est seulement nécessaire d'avoir raison, mais si cela suffit pour convaincre. Mais, qu'est-ce qu'avoir raison ? Avoir raison, c'est dire la vérité, c'est-à-dire quelque chose de conforme à ce qui est, à ce qui existe réellement.
Mais du coup, si on a raison, on ne peut que parvenir à en convaincre quiconque puisque si on a raison, il doit y avoir des raisons qui le montrent ou le démontrent et si ces raisons existent, il n'en faut pas plus pour convaincre puisque c'est par elles qu'on y parvient. En effet, si avoir raison, c'est dire quelque chose de conforme au réel, à ce qui est, alors il doit toujours être possible de trouver des arguments, des raisons ou des preuves qui attestent de cet accord et devant lesquels une personne de bonne foi ne pourra que s'incliner. Il suffit donc d'avoir raison pour convaincre.

Dans ces conditions, on pourra toujours expliquer qu'on ne parvienne pas à convaincre alors qu'on a raison par l'ignorance des raisons pour lesquelles ce que nous disons est vrai : que nous ne sachions pas pourquoi nous avons raison n'implique pas qu'on ait tort, mais cela ne peut que nous conduire à échouer dans l'entreprise de convaincre quelqu'un puisque pour cela il nous faut exposer des raisons. En somme, si nous possédons ce que Platon dans le Ménon appelle une opinion droite, c'est-à-dire une opinion qui est en accord avec la réalité sur laquelle elle se prononce sans que nous sachions pourquoi, nous ne pourrons convaincre personne de sa vérité.


Seulement, cette thèse ainsi que sa conséquence ne permettent pas de comprendre comment il est néanmoins possible de ne pas convaincre d'une idée dont nous savons qu'elle est vraie et que nous sommes capables d'argumenter avec rigueur. A quoi l'attribuer ? Si elle est effectivement vraie, faut-il mettre en cause la qualité de l'argumentation ? Ou ne faut-il pas envisager que certaines vérités ne puissent pas être réellement ou totalement démontrées ?


Que certaines vérités ne puissent pas être transmises à d'autres par des discours peut sans doute être l'indice d'un manque de bonne foi de nos interlocuteurs ou d'une insuffisance de nos arguments, mais ces raisons, qui jouent souvent, ne doivent pas occulter la possibilité que cela tienne au caractère indémontrable de ce qu'on cherche à faire admettre. Car, si ce que nous soutenons est impossible à démontrer, il ne sera par conséquent pas possible de trouver des raisons ou des preuves qui permettent de montrer ou de démontrer que c'est vrai, et, en l'absence de preuves et de raisons, on ne pourra pas convaincre puisque c'est précisément ce dont on a besoin pour y parvenir.

Or, le paradoxe est qu'il est parfaitement possible de démontrer qu'il existe des vérités indémontrables. C'est précisément ce que fait Aristote, le fondateur de la logique, dans les Seconds Analytiques et dans la Métaphysique , G . Un discours qui tend à démontrer la vérité d'une proposition doit, pour y parvenir, respecter les règles de la logique et se donner un certain nombre de points de départ appelés prémisses. Cela signifie que la solidité de la démonstration repose ultimement à la fois sur la valeur de ses points de départ et sur celle des règles logiques. Or, celles-ci ne sont pas elles-mêmes démontrables tout simplement parce que si on voulait les démontrer, il faudrait les utiliser puisque toute démonstration les emploie, ce qui supposerait qu'elles soient déjà démontrées ! Mais il n'y a pas que ces règles qui soient indémontrables : les prémisses de certaines démonstrations peuvent aussi ne pas l'être : par exemple celles sur lesquelles se fondent une science parce que cette science ne peut pas à la fois dépendre d'eux et les fonder par elle-même. En mathématique, les axiomes d'Euclide ne peuvent pas rendre compte de leur propre vérité.

S'il en est ainsi, c'est parce que le réel, et donc toutes les propositions qui lui sont conformes, celles donc qui sont vraies, ne se ramène pas aux quelques principes logiques dont on se sert pour démontrer une proposition et donc pour convaincre, et, qui plus est, quand bien même il s'y réduirait, ces règles seraient de toute façon incapables de s'auto-justifier. Le réel a une consistance qui le rend irréductible à la logique qui est elle-même faite de propositions indémontrables.

Mais qu'est-ce que cela signifie sinon que l'ensemble des propositions vraies est plus vaste que celui des propositions démontrables ? Et si tel est le cas, alors il ne suffit pas d'avoir raison pour convaincre.


Mais il y a plus : si pour parvenir à convaincre, il faut, quel qu'en soit l'objet, tenir un discours raisonné et respectueux des règles de la logique, on peut aller jusqu'à se demander comment il est tout simplement possible de convaincre quiconque de quoi que ce soit puisque les règles de la logique sont elles-mêmes indémontrables ! Autrement dit, en établissant qu'il ne suffit pas d'avoir raison pour convaincre, parce qu'il existe des vérités indémontrables, on va jusqu'à soutenir qu'il est toujours impossible de convaincre. Ce qui est manifestement contraire aux faits puisqu'on peut observer que si ce n'est pas toujours possible, ça l'a été au moins quelquefois.

En outre, si à présent nous soutenons qu'il ne suffit pas d'avoir raison pour convaincre, nous soutenions exactement le contraire plus haut et dans ce cas aussi contre les faits ! Alors qu'en est-il ? On ne peut pas plus dire qu'on peut convaincre pour peu qu'on ait raison que soutenir qu'on a beau avoir raison, cela ne suffit jamais pour convaincre.

Alors, quelles conditions faut-il ajouter à celle d'avoir raison pour pouvoir convaincre ?


Lorsqu'on ne parvient pas à convaincre alors qu'on a raison, qu'est-ce qui nous manque pour y parvenir ? Ou, à l'inverse, de quoi dépend la réussite de cette entreprise ?

Si les discours raisonnés ne peuvent pas rendre compte de leur propre vérité et donc convaincre, c'est parce que la vérité d'un discours raisonné et cohérent ne dépend pas seulement de sa validité logique, mais surtout de la vérité de ses points de départ. Or, ceux-ci, même s'ils sont vrais, ne sont pas toujours susceptibles d'être démontrés. Du coup, si celui qu'on veut convaincre ne les admet pas ou ne les partage pas, il ne sera pas possible de le convaincre de ce qui d'un point de vue logique dépend d'eux. S'il n'est pas d'accord avec les points de départ, il ne pourra pas l'être avec ce qui en découle, donc il ne sera pas convaincu quoique le discours soit inattaquable du point de vue de sa rigueur. S'il refuse la rigueur logique ou n'en saisit pas l'évidence, s'il ne reconnaît pas quelques principes, s'il ne dispose pas de certaines connaissances, s'il n'a pas fait certaines expériences, s'il ne partage pas avec son interlocuteur un certain rapport au monde et à lui-même, il ne faut pas espérer pouvoir le convaincre.

Mais si les discours raisonnés, cohérents peuvent ne pas emporter l'adhésion réfléchie des autres dès lors qu'ils ne partagent pas avec nous les points de départ des discours, alors cela signifie qu'il sera à l'inverse possible de les convaincre de la vérité de nos propos à condition tout simplement qu'ils les partagent. S'il ne suffit pas d'avoir raison pour convaincre, c'est à cette condition qu'il sera possible de le faire, c'est donc cet accord sur les points de départ qui est la véritable condition suffisante pour convaincre.

En somme, on ne pourra convaincre que si non seulement on a raison, mais si en outre celui qu'on cherche à convaincre est au fond déjà d'accord avec nous sans le savoir : s'il partage nos certitudes fondamentales, le convaincre revient à tirer de ses certitudes des conséquences qu'il ignorait jusque là. Ce qui permet de comprendre combien est vrai l'adage selon lequel on ne convainc que les convaincus, c'est-à-dire ceux qui étaient déjà d'accord avec nous du fait de leurs principes et de la rigueur de la logique. Il ne suffit donc pas d'avoir raison pour convaincre, encore faut-il pouvoir compter sur un accord avec les autres sur quelques idées logiquement antérieures à celles qu'il s'agit de prouver.

Mais en outre, cette condition explique qu'il puisse être aussi possible de convaincre sans avoir raison : si celui qui cherche à convaincre partage avec celui qu'il cherche à convaincre certains points d'accord, il y parviendra. Mais comme rien n'assure qu'ils soient d'accord sur des propositions vraies et donc qu'il est possible qu'ils se trompent, il pourra faire admettre une idée fausse. C'est ainsi que la vérité se trouve réduite à n'être plus qu'une convention sociale qui se propage comme telle d'esprit en esprit.


En conclusion, après avoir en premier lieu exposé l'idée selon laquelle il suffirait d'avoir raison pour convaincre parce qu'il nous semblait d'abord que si on a raison, il doit toujours exister des raisons qui en rendent compte, on s'est aperçu, parce que cette thèse est contredite par les faits, qu'il ne suffisait pas d'avoir raison pour convaincre parce qu'il existe des vérités indémontrables. Mais, parce que cette thèse ruinait jusqu'à la possibilité de convaincre, on a fini par établir qu'il est possible de convaincre si non seulement on a raison, mais si en outre on est déjà fondamentalement en accord avec son interlocuteur.

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