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Mariage


Texte écrit dans le cadre d’un exercice de suite de texte… Cylia vient un pays Nord africain et doit épouser un homme de force. C’est le jour de son mariage, elle se réveille et va devant la fenêtre…


Nous n’avons jamais notre mot à dire…

La lumière du jour qui dilatait ses pupilles lui paraissait soudain plus fade et artificielle.

Sa tête était tombée contre son sternum et elle contemplait le vert au dehors, ce vert qui lui plaisait tellement. Elle laissait la couleur émeraude pénétrer ses iris, recentrer ses pensées.

Le mariage.

En effet il lui tardait de voir comment se dérouleraient ses noces. Néanmoins, Cylia n’avait jamais été l’une de ses filles qui idolâtrait le mariage. Elle n’avait aucunement le souvenir d’une robe beaucoup trop grande pour elle qui glissait sous ses talons et de la démarche maladroite et chancelante d’une petite fille portant des hautes chaussures.

Elle ne s’était jamais mariée le jour du carnaval, encore moins avec le petit garçon qui n’avait de cesse que de tripoter ses nattes. Cylia n’avait jamais voué au mariage de culte particulier, si ce n’est une solide appréhension. C’était étrange la sensation qui avait doucement pris possession d’elle, un mélange de peur et de désir, comme un sucré salé.

Elle grimaça et étira ses lèvres crispées, comme sous l’influence de ce goût insolite en elle.

Cylia sentait la vie lui échapper au dehors, glissant entre ses lèvres, caressant ses joues et s’enfuir au loin vers la ligne d’horizon. Ses doigts se crispaient insensiblement sur sa natte et elle sentait la tension tirer sur la peau de son crâne. Tout était confus dans sa tête et ses idées se bousculaient dans un rythme frénétique et oppressant. Le temps lui filait entre les doigts.

En réalité, c’était sa vie qui échappait à son contrôle.

Cylia ne sentait plus rien d’autre que la pression de ses doigts contre sa natte faisant frémir la peau de son cuir chevelu. Cette sensation lui arracha le souvenir des petits doigts potelés qui tripotaient inlassablement ses tresses et du sourire niais qui accompagnait ce geste.

Elle savait que bientôt, ces mêmes mains pourraient parcourir l’ensemble de son corps sans aucune retenue.

Son cœur battait fortement entre ses seins, au creux de sa poitrine et elle en ressentait presque une vive douleur. Elle sentait les giclures pulsatile de l’adrénaline en elle, sollicitant son corps. Il lui semblait que son corps tout entier refuse le toucher de ces doigts glacés, de cette paume contre sa peau fraîche, vierge et mystérieuse.

Ne le laisse pas me toucher, je t’en supplie…

Cylia pressentait presque la caresse glaciale de cette main étrangère étreignant sa taille.

Sa propre main se posa instantanément sur sa hanche, comme pour chasser ce frôlement imaginaire. Elle remua sa tête de gauche à droite dans un mouvement précipité et gauche, comme pour noyer cette idée dans le maelstrom de ses pensées dont regorgeait sa boite crânienne.

Son esprit se risqua à continuer sa douloureuse percée vers le passé.

Elle revoyait distinctement le visage de ce petit garçon au teint mat et au regard ahuri lorsqu’il la voyait. Il l’avait toujours idolâtré pendant son enfance, lui avait mille fois avoué sa flamme et elle avait mille fois rejeté ses avances. Dans son pays, les femmes n’avaient pas coutume d’accepter les avances ni même de les considérer, même si cela les ravissait parfois.

Néanmoins, dans son cas, cela ne la ravissait pas du tout.

A présent, elle haïssait ce petit visage replet, ces petits yeux exorbités et cette voix fluette. Elle détestait ce passé.

Mais le présent ne valait pas mieux.

Et elle le détestait aussi…

Le petit bout d’homme continuait de la contempler dans son esprit, le reflet du soleil dans ses yeux bruns assortis à la couleur de sa peau faisait comme luire une petite lueur d’avidité dans son regard. Comme s’il semblait lui dire : “Je savais que je t’aurais un jour, et enfin, te voilà bientôt mienne”

Ses phalanges se crispèrent violemment autour de sa natte, comme si elle étreignait entre ses doigts la gorge de ce petit être. Elle aurait voulu le tuer, pour lui éviter de grandir, pour l’aider à l’oublier. Une bonne fois pour toute elle aurait aimé le sortir de sa vie.

Mais le passé était immuable, peut importe la façon dont elle pouvait l’occire dans sa tête, ce petit garçon devenu homme viendrait la chercher demain, et il l’emmènerait avec elle.

Car le monde extérieur ne se préoccupe que rarement des personnes que l’on tue dans son imagination.

Aussi Cylia, désillusionné, relâcha son serrement et laissa pendre lourdement sa main à son coté. Elle sentait son cuir chevelu encore douloureux lui picotait le haut du crâne.

Les nattes c’est beau, et en plus, ça fait propre...

Peut être que si elle n’avait jamais eu ces nattes, le petit garçon ne l’aurait jamais remarqué. Possiblement aurait il jeté son dévolu sur une autre petite fille. Peut être aurait-ce été elle qui aurait eu la vie gâchée sous peu.

Saletés de nattes…

Cylia fit volte face et se plaça dos à la fenêtre.

Elle sentait les rayons du matin chatouiller son échine et procurer un léger picotement dans sa nuque nue. Son regard pointait vers le mur de la chambre comme s’il s’était perdu dans sa carence de couleur. Le pas lourd et vacillant elle s’avança vers la commode qui avoisiné son lit encore défait. Ses doigts frôlèrent le verre d’eau qu’elle s’était posé pour la nuit et elle en ressentit une légère sensation de fraîcheur. Continuant sa progression, elle sentit son index buter contre le coran et cela lui arracha un sourire crispé. Il n’y avait pas de joie dans ce sourire, juste une simple combinaison qui avait entraîné cette crispation de ses lèvres en un croissant. Une association d’idées, tout bonnement.

Ses phalanges se crispèrent sur la poignée du tiroir et elle la tira violemment vers elle.

Le compartiment lui échappa des mains tomba sur le sol dans un bruit sourd et résonant.

Cylia se mit péniblement à genou et son regard fureta sur le sol. Sa main se plaqua sur un objet métallique qui élança un frisson dans son avant bras. Ses doigts se refermèrent avidement dessus et ses ongles raclèrent le plancher.

Sans se préoccuper des babioles qui jonchait le sol, elle se retourna et avança de nouveau jusqu’au bord de la fenêtre.

Elle ne trouvait plus la vie qu’elle avait trouvé la première fois qu’elle y avait jeté un œil, il n’y avait que son désespoir dehors, son indéfectible solitude.

Elle ouvrit doucement sa main et plaça l’objet étincelant dans le faisceau lumineux du soleil. Son éclat lui fit brider ses yeux. Elle empoigna les ciseaux de son autre main et les porta jusqu’à ses cheveux. Les deux lames cernaient sa lame comme un étau d’acier resplendissant.

Dans un mouvement brusque et précipité, elle rejoignit son pouce et son index.

Le chuintement aigu des lames suivies du cliquetis du métal fit vibrer ses tympans, jusqu’à faire vaciller ses idées.

Et elle continua de couper.

Encore

Et encore.

Enfin, la natte se détacha de son cuir chevelu pour s’écraser sur le sol sans aucun bruit, comme portée par la brise matinale.



La réalité avait effectué sa douce percée en elle, comme un petit insecte qui tenterait de se glisser sous sa peau. Ce petit être avait subtilement atteint son cœur et y déversait insensiblement son poison.


Texte crit par Adri le 9 février 2008 à 18h48. Vu 2430 fois.


Commentaires


Par Adri le 13 février 2008 à 20h18
Assez souvent xD j'adore cette comparaison je la trouve assez expressive ^^ Merci pour tes commentaires ;)

Par A last hope le 11 février 2008 à 10h22
Bravo !!!!
C'est vraiment tres bien!
J'adore!
On retrouve souvent l'expression "sucré salé" dans tes textes? :D


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