Page d'accueil > Dossiers et Exposés > Les sondages sont-ils une escroquerie démocratique ?
Mascotte de Bac Facile
Je reste à votre disposition durant votre visite.
N'hésitez pas à me solliciter en cas de besoin.
Vous pouvez également contribuer en nous envoyant vos documents.
Demander de l'aide - Contribuer - Expression libre
Bac Facile vous souhaite de très bonnes vacances !
Illustration
Les sondages sont-ils une escroquerie démocratique ?


Les sondages sont-ils une escroquerie démocratique ?







La France est actuellement championne du monde des sondages. Est-ce un bien ou un mal ? La controverse, déjà ancienne, aurait cessé sans doute depuis longtemps si les sondages, qui permettent souvent des études de qualité et pertinentes, ne menaient pas parfois, il faut bien l'avouer, à des analyses banales ou incorrectes, voire volontairement déformées. Des sondages faits à la va-vite pour des raisons financières ou autres, peuvent entraîner une erreur de jugement, voire même des bouleversements politiques dans un pays.
La force des sondages d’opinion n’est plus à démontrer, il est donc important de manier ces outils d’étude avec prudence et de relativiser leurs résultats pour éviter des interprétations erronées.









Sources
- Le Monde, mois de mars 2001
- Le Canard enchaîné, 21/03/2001
- Données mathématiques tirées de Les sondages d’opinion, de Hélène Meynaud et Denis Duclos
- L’empire des sondages, par Michel Brulé











Plan

I La science des sondages
- - La méthode aléatoire
- - La méthode des quotas
- - Taille de l’échantillon et marge d’erreur
- - Les méthodes de correction
- - Le dépouillage

II Les dérives possibles des sondages
- - Les différents instituts de sondage
- - Des erreurs bien fréquentes
- - Les clients des instituts de sondage
- - Le culte de l’argent
- - La véritable influence des sondages
- - La loi

Conclusion



I Le sondage est une science, ou l’art de l’échantillonnage

La théorie mathématique des probabilités suppose que, pour connaître les événements qui peuvent survenir dans une population donnée, il est possible de n'étudier ou de n'interroger qu'une petite partie de celle ci, à condition de respecter des règles rigoureuses de sélection de cette fraction de population, seules garanties de sa représentativité.
Il existe deux méthodes : la méthode aléatoire (ou probabiliste), et la méthode des « quotas ».

1. La méthode aléatoire
La méthode aléatoire consiste à « tirer » les personnes à interroger dans des conditions très proches du hasard (à probabilités égales). Il faut donc posséder un fichier (base de sondage) comprenant tous les individus de la population que l'on veut étudier, par exemple, les plus de 18 ans, ou bien les « chefs de ménage », ou bien encore les ouvriers. Ainsi l'INSEE possède, grâce au recensement de la population qu'il effectue périodiquement, un fichier de l'ensemble des résidents en France qui permet, à condition de mélanger au hasard préalablement les noms qu'il contient, de sélectionner un échantillon représentatif en tirant un nom tous les X noms. Il a cependant l'inconvénient de ne pas être tenu à jour entre deux recensements et de devoir, pour être utilisé, être complété par d'autres fichiers. Il existe des fichiers quasi exhaustifs, non pas des individus mais des ménages, comme par exemple celui des abonnés d'EDF GDF ou, plus imparfaitement, celui des abonnés du téléphone. Mais dans la plupart des cas, ces bases ne sont pas accessibles pour des raisons réglementaires ou des questions de coûts. De plus, malgré leur taux de couverture important de la population, elles peuvent introduire des biais non souhaités : par exemple, si l'on veut précisément comparer des opinions dans les populations moyennement ou sous équipées.
Lorsqu'il est impossible, pour ces diverses raisons, de construire un échantillon aléatoire, on procède par la méthode des quotas.

- - La méthode des quotas
Celle ci consiste à établir une liste de personnes, en nombre suffisant, se répartissant selon les mêmes caractéristiques et les mêmes proportions que l'ensemble de la population à étudier. Cet échantillon n'est tenu pour représentatif, c'est à dire fidèle à l'original, que si, par exemple, dans le cas d'un sondage national, il comprend les mêmes pourcentages d'hommes, de femmes, d'ouvrières de la chaussure et de cadres du secteur public, de moins de 20 ans et de plus de 60 ans, d'habitants des petites, moyennes et grandes villes, etc. que la population totale résidant en France en comporte réellement.
Selon la précision à laquelle on veut parvenir dans l'étude, on peut affiner et accroître le nombre de caractéristiques retenues. Mais il existe certaines limites au delà desquelles soit l'échantillon devient trop important, soit les catégories détaillées ne reçoivent plus que quelques rares individus, ce qui rend le traitement statistique non significatif. Lorsque la population à étudier est plus restreinte (les médecins de médecine libérale, les femmes ingénieures dans le secteur nucléaire, etc.), on devra également respecter dans l'échantillon la même répartition entre les âges, les niveaux de revenu, les lieux de résidence, etc., que dans la population considérée.
La méthode des quotas implique donc une détermination soignée des caractéristiques qui doivent être prises en compte pour assurer la représentativité de l'échantillon, c'est à dire celles qui opèrent les différenciations les plus nettes dans la population observée. Mais, dans la recherche sociologique, ces caractéristiques, leur nombre, leur importance, ainsi que la nature des indicateurs permettant de les saisir, sont loin de faire l'unanimité. Le processus de recherche permet cependant de les remettre en question, de les tester, de les améliorer.

- - Taille de l’échantillon et marge d’erreur
Dans les pratiques les plus commerciales du sondage, le travail sur les catégories est plus sommaire. L'échantillon est souvent construit à l'aide de définitions relativement peu dégrossies et parfois actualisées avec retard. Or, si le mode d'échantillonnage est faux, même un échantillon de 100 000 personnes ne garantit pas des résultats fiables. Inversement, correctement construit, un échantillon de 1 000 personnes suffit pour être représentatif.
La taille de l'échantillon est indépendante de la taille de la population que l'on veut étudier. Il faut interroger autant de personnes pour connaître l'opinion des habitants de Carpentras, que celle des Parisiens, des Français ou des Chinois.
La taille de l'échantillon est, en revanche, fonction de la marge d'erreur acceptable, tant sur les résultats généraux que sur ceux concernant telle ou telle sous catégorie de l'échantillon. Ainsi, en deçà de 1 000 personnes, la marge d'erreur devient trop grande, tandis qu'au delà la précision additionnelle est faible. Des tables ont été élaborées pour connaître immédiatement la marge d'erreur probable. La marge d'erreur varie en fonction de la taille de l'échantillon et de la répartition des réponses selon les modalités proposées (pourcentage de « oui » par rapport aux « non », par exemple). Dans le cas le plus défavorable (répartition 50/50 des réponses), le résultat se situe (avec une probabilité de 95 %) dans une fourchette de :

taille échantillon 100 personnes 400 personnes 1000 personnes 1600 personnes 10000 pers.
marge 10 % 5 % 3 % 2,5 % 1 %

Il faut quadrupler l'effectif à interroger pour diviser la marge d'erreur par deux et le centupler pour la diviser par dix.
Avec les échantillons par quotas, elle ne peut être en revanche déterminée avec précision. En fait, on considère qu'elle est du même ordre que celle d'un échantillon aléatoire, pour autant que les conditions du choix de l'échantillon par quotas le rapprochent d'un échantillon choisi par tirage à probabilités égales.
La connaissance de la marge d'erreur est essentielle pour interpréter certains résultats, notamment lorsque l'on étudie l'évolution de l'opinion entre deux sondages. Dans le cas d'échantillons de 1 000 personnes et de réponses proches de 50 %, une variation de 1 à 2 points dans un sens ou dans un autre (de 49 % à 51 % par exemple) peut ne pas avoir de signification, les marges d'erreur de ces deux pourcentages se recouvrant largement. On comprend l'importance de cette remarque, dans le cas d'intentions de vote notamment.
Des échantillons supérieurs à 1 000 personnes sont nécessaires lorsque l'on veut procéder aussi à des analyses portant sur des sous populations (cadres, ouvriers ... ) de la population considérée. Des techniques ont été mises au point pour constituer l'échantillon représentatif d'un groupe minoritaire dans la population difficile à cerner. On a pu fusionner ainsi dix enquêtes SOFRES formant un fichier anonyme de 10 000 individus, parmi lesquels il a été possible de tirer 300 personnes ayant manifesté leur préférence pour le Front national ou le PFN, et d'en étudier l'origine politique, l'âge, la classe sociale...

4. Les méthodes de correction : magouilles ?
Pour diverses raisons (notamment parce qu'il n'a pas été possible de trouver un nombre suffisant de personnes d'une catégorie donnée), on peut recourir à la méthode du redressement.
Celle ci consiste à corriger l'effectif réellement interrogé pour s'approcher de l'effectif théorique. Par exemple, si l'on a interrogé un nombre d'ouvriers inférieur à celui prévu dans l'échantillon idéal (représentatif de la population française), il est légal d'affecter la moyenne des opinions déjà obtenues dans cette catégorie à un supplément d'ouvriers fictifs. Ce qui permet d'avoir une meilleure approximation, à condition de vérifier si, par cette opération, on ne modifie pas les autres équilibres de l'échantillon (proportion d'hommes et de femmes, de classes d'âge, etc.). Le recours à l'informatique facilite la tâche, en permettant de réaliser à grande vitesse ces calculs par des procédés déjà codifiés. Le redressement ne peut dépasser la limite au delà de laquelle l'échantillon serait nécessairement déséquilibré. Il est, par exemple, tout à fait illicite de questionner 500 personnes et de multiplier les résultats par deux pour présenter un échantillon de 1 000 personnes (comme cela a pourtant été fait, donnant lieu à quelques affaires retentissantes). Cela dit, le redressement est un moyen indispensable. Les sondages portant sur la prévision des votes sont élaborés à partir d'échantillons systématiquement retravaillés, et redressés, sous plusieurs rapports. On sait, par exemple, que les électeurs communistes ont tendance à moins « avouer » leur préférence partisane dans un sondage : il est donc nécessaire de majorer légèrement le résultat obtenu (vote communiste) et de minorer celui des autres, à l'aide de calculs assez complexes. Si le résultat du sondage tend à survaloriser l'intention de vote d'autres catégories, on corrige en sens inverse le chiffre obtenu, également en fonction de la connaissance acquise des rapports entre sondages et votes réels. Ces techniques de réévaluation requièrent une bonne part d'intuition mais n'en reposent pas moins également sur des procédés objectifs contrôlables : « Un bon sondage est un sondage bien corrigé. »

- - Le dépouillage peut s’avérer difficile
En effet, surtout avec les questions ouvertes (où les réponses sont multiples et variées et ne se limitent pas aux simples « oui » ou « non »), le classement de certaines réponses dans l’une ou l’autre des catégories peut tenir du hasard. Dans ce cas-là, en général, les réponses sont classées dans « ne se prononcent pas » ou « sans opinion ». Mais le travail devrait avoir été fait en amont, lors de l’élaboration du questionnaire. Il est certes difficile d’anticiper toutes les réponses possibles et imaginables à la question posée.


Il est donc important, lorsque l’on fait un sondage, de l’effectuer dans les règles de l’art. Mais même dans ce cas, la marge d’erreur n’est pas nulle et il faut en tous cas toujours relativiser les résultats d’un sondage, car le dérapage n’est jamais loin…






II Les dérives possibles des sondages

1. Les différents instituts de sondage

Différents instituts de sondage se partagent la scène politique française. Mais loin d’être indépendants, ce sont presque des filiales de partis politique, mais surtout de groupes de presse :

Quelques instituts Observations
SOFRES « partenaire » du Figaro Magazine
BVA « partenaire » de Paris-Match
Havas
IPSOS « partenaire » de France Soir, proche de la droite
Public SA Proche du RPR et de l’UDF
IFOP
Gallup « partenaire » de L’Express
IFRES « partenaire » de la Vie Française, proche de la droite

En effet les « baromètres », qui mesurent la popularité de tel ou tel homme politique paraissent toujours dans les mêmes journaux, sur les mêmes radios, sur les mêmes chaînes de télévision pour chaque institut. Et cela depuis des années. On peut donc se poser des questions quant à l’indépendance des instituts et à celle des résultats qu’ils publient, sachant que chaque média a souvent une légère tendance politique.



2. Des erreurs bien fréquentes
Les exemples d’erreur sont assez nombreux dans l’histoire de la politique française, mais aussi étrangère. Il est assez peu étonnant de remarquer que les instituts de sondage ne sont bien sûr jamais impliqués dans ces erreurs, un élément imprévisible cassant toujours les meilleures prévisions.
Ainsi, en 1971, en Grande-Bretagne, des élections étaient organisées. Les travaillistes étaient donnés largement vainqueurs. Les conservateurs l’ont emporté. Les instituts accusèrent l'Etat Major travailliste qui, ayant donné dans le triomphalisme, avait retourné la majeure partie des votes contre lui.
Sous « le règne » de Valéry Giscard d’Estaing, en 78, quelques semaines avant les législatives, la gauche caracolait en tête dans les sondages. Il était couru d'avances qu'aux élections, ce serait un raz-de-marée de gauche. Le tsunami n’eut pas lieu.
Plus récemment, aux présidentielles de 1995, les sondages donnaient Edouard Balladur gagnant. Ce fut Jacques Chirac qui l’emporta. Pire, Edouard Balladur ne passa pas le cap du premier tour, et ne dépassa pas 20 %. Accusés : Canal + et les Guignols qui le tournaient durement en dérision.
Plus récemment encore, en mars 2001, aux municipales, une « vague rose » sur beaucoup de villes de France était prévue. Malgré cela, la gauche perdit une vingtaine de ville, en ne remportant « que » Paris et Lyon, maigres consolation alors que le reste de la France se colorait en bleu.
Cf Le Canard Enchaîné

Enfin il y a quelques jours – le 13 mai 2001 - des élections régionales avaient lieu au pays basque. La poussée était promise aux partis de Madrid. Elle fut bien maigre : le pouvoir reste encore et toujours aux nationalistes modérés.

Et puis, il y a les erreurs chroniques, dues à des problèmes techniques. Les partis des extrêmes – droite et gauche – sont en général sous estimés dans les sondages. En effet le FN par exemple fait généralement un score légèrement plus élevé que prévu par les sondages. Cela s’explique par le fait que beaucoup d’électeurs de ce parti hésitent à « avouer » leurs opinions – si louables soient-elles…


3. Les clients des instituts de sondage
Comme on l’a vu plus haut, les instituts de sondage ont des clients privilégiés, assez fidèles.
Les médias ont de plus en plus recours au sondage. Ils en sont les premiers commanditaires : les enquêtes effectuées pour la presse représentent 40 % des études politiques réalisées par la SOFRES, 50 % de celles réalisées par l'IFOP.
Les médias utilisent aussi bien la forme confidentielle du sondage, notamment pour évaluer leur propre lectorat (cibler leurs articles et leur diffusion, définir leur image, changer de niveau de tirage, ou comparer leur audience aux supports concurrents, etc.), que sa forme publique, pour utiliser à leur profit l'effet d'événement de la publication de sondage ou pour influencer les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs. En effet les sondages réalisés sont relayés par d’autres médias – télévision, radio… - et les commanditaires de ces sondages sont cités.
L'influence visée peut ne concerner d'ailleurs que le comportement de fidélité qu'il s'agit de conforter ou de susciter : le sondage devient alors partie intégrante de l'image des médias.
Le gouvernement et les diverses administrations sont de grands consommateurs de sondages, et cela à des niveaux de plus en plus nombreux. Ce qui peut faire penser que la bureaucratie d'État tend davantage à appuyer son action sur des critères de marketing, à partir d'une évaluation de ce que les usagers pensent de telle ou telle intervention administrative (cas d'une campagne du ministère de l'Environnement sur le bruit), ou même de « l'image » d'un ministère.
Les services du Premier ministre font transiter leurs demandes de sondages par le SID (Service d'information et de diffusion) qui passe ses commandes auprès de la SOFRES, du CCA, de la COFREMCA, de Louis Harris France, BVA, etc. Certains observateurs ont pu avancer que la commande annuelle du SID s'élevait à un million de francs en 1981. Il semble que, depuis, les gouvernements aient fait un appel croissant aux sondages.
Les personnalités et les partis politiques sont également très friands de sondages. L'UDF dispose d'un baromètre périodique. Les grandes organisations politiques « testent » leur stratégie à grand renfort de sondages.


4. Le culte de l’argent
Depuis quelques années, les instituts de sondage ne sont plus de petites entreprises « familiales » au petit budget. L'argent a pris le dessus. Il faut noter que les sondages ont un coût assez élevé. La montée en puissance de leur médiatisation a fait s’envoler leurs prix. Aujourd’hui il n’est pas donné à tout le monde de commander un sondage, souvent favorable à celui qui le commandite. D’où une démocratie « à deux vitesses » : il y a les partis qui peuvent se payer des sondages, et les autres. Cette différence se ressent très clairement au niveau des résultats des élections.


5. La véritable influence des sondages
Il est difficile de juger clairement de la véritable influence des sondages sur l’électorat du pays. Ce que l’on peut dire, c’est que les électeurs sont (en général) des adultes, « à qui on peut faire confiance pour faire un bon usage du miroir que leur tendent périodiquement les instituts de sondages. » (Michel Brulé, L’Empire des sondages). On peut donc supposer que pour la majorité des électeurs, les sondages sont uniquement des éléments d’information sur la politique du pays, et qu’ils ne sont pas un conseil de vote. On peut donc écarter l’idée de la manipulation pure et simple.



6. Que dit la loi ?
La loi qui fixe les règles des enquêtes d’opinion est celle du 19 juillet 1977 « relative à la publication et à la diffusion de certains sondages d’opinion » qui fut votée « à la sauvette », peu de députés étant présents en ce jour de juillet.
Cette loi est limitée aux enquêtes précédant les élections. Voici ses trois principales dispositions :
- - L’obligation d’accompagner la publication des sondages électoraux d’un certain nombre de renseignements (nom de l’institut et de son client, taille de l’échantillon, date des interviews, textes exacts des questions posées, proportion de « sans réponse »).
- - La création d’un organisme – la Commission des sondages – chargé de veiller à l’application de la loi, et plus généralement de « proposer des règles tendant à assurer dans le domaine de la prévision électorale l’objectivité et la qualité des sondages publiés. »
- - L’interdiction des publications de sondages préélectoraux pendant la semaine qui précède chaque scrutin.
Ce dernier aspect est le plus contesté. Il prive l’électeur de l’information pendant une semaine.
Mais si la publication des sondages est interdite, il n’est pas interdit de procéder à un sondage. Et l’on retrouve là l’idée de la démocratie « à deux vitesses » : ceux qui ont les moyens de procéder à des sondages privés peuvent continuer à suivre l’évolution des tendances. Pour les autres, l’information laisse sa place à la rumeur.
Mais il y a quelques jours, le 17 mai 2001, les sénateurs ont fait une proposition de loi visant à n’interdire la parution de sondages que pendant les 2 derniers jours précédant l’élection.


Conclusion
En apparence, rien de plus simple ni de plus évident qu'une réponse oui ou non, d'accord ou pas d'accord, à une question posée dans un sondage et publiée ensuite par les médias Après tout, à une époque et dans une société où les citoyens sont concernés par de multiples problèmes collectifs, n'est il pas normal que les techniques modernes de communication et d'information rendent compte des diverses sensibilités, et de leur évolution, permettant ainsi d'animer et d'éclairer le débat public nécessaire à l'exercice de la démocratie ? Cet objectif idéal n'est pas contestable, mais sa mise en oeuvre ne va pas sans problèmes : le sondage d'opinion reste aujourd'hui source d'illusions et de manipulations quant à l'image qu'il donne de ce que pensent les personnes interrogées. Ces déformations sont rendues possibles par l'exploitation, dans une visée de suggestion ou d'influence sur le public, des difficultés mêmes de l'appréhension des opinions.
De ce point de vue, si nombre de sondages font « comme si » les réponses qu'ils obtiennent étaient des opinions réelles, les enquêtes plus sérieuses ne leur opposent pas d'autres certitudes, mais plutôt travaillent à montrer la complexité de la notion d'opinion. Ce travail là a directement à voir avec les problèmes de démocratie : en effet, on peut penser que l'un des objectifs du débat démocratique est de parvenir à une meilleure prise en compte des positions minoritaires. Or, ce sont précisément ces aspects que contribue à gommer un sondage mis au service de la massification de l'opinion.
Déjà, il se développe, autour de la prévision des votes, toute une discipline visant à la quasi exactitude, et pourchassant le paramètre incontrôlé, tandis qu'une fraction non négligeable des sondages s'avèrent conformes à des normes déontologiques plus sérieuses, et deviennent plus respectueux des paradoxes de l'opinion. Il faudrait néanmoins renforcer l'existence d'un pôle de recherche qui soit assez autonome des impératifs commerciaux ou de pouvoir, pour garantir une distance critique. Le sondage d'opinion rencontre donc des limites. Il est important que chacun, en tant que membre actif de la société les perçoive bien.

Commentaires


Personne n'a laissé de commentaire sur ce document. Soyez le premier en complétant le formulaire ci-dessous.


Poster un commentaire

Votre pseudo :
Votre e-mail (facultatif et privé) :
Commentaire :
Piège anti-robot : somme du chiffre un et du chiffre deux en toutes lettres :
 


Signaler une erreur - Imprimer ce document - -
Share/Bookmark
Copyright Bac Facile 2016 - Copie interdite sans autorisation - Tous droits réservés.
Les documents mis à disposition sont publiés sous notre licence d'utilisation Bac Facile.