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Le Mariage de Figaro
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Le Mariage de Figaro - Beaumarchais - Le rôle des valets


Sujet de dissertation
Le titre de l’œuvre dramatique eclaire-t-il le personnage du valet, son rôle et son statut ?
Pour répondre à cette question, vous vous appuierez sur la pièce que vous avez étudiée.

Introduction

        Le titre met l'accent sur un aspect de l’œuvre; il peut donc éclairer une intention ou un personnage, mais il laisse aussi une part d'ombre, de mystère. Beaumarchais, pour baptiser sa deuxième comédie, a hésite entre trois titres : L'époux suborneur, La Folle Journée, Le Mariage de Figaro. C'est le dernier; Le Mariage, qui est passe à la postérité. C'est donc lui que nous interrogerons.
        Que nous apprend ce titre sur le statut du valet ? Pour la première fois, le nom d'un valet de comédie est associe à un projet amoureux. La pièce a-t-elle vraiment choisi de s'intéresser au bonheur d'un serviteur ? En ce cas, la fonction du valet a-t-elle changé ?
        Nous allons montrer que ce "mariage" modifie profondément le statut dramaturgique du valet, mais aussi son rôle politique et social.

Développement

1. Le Mariage d'un valet

        Figaro veut épouser Suzanne : ce souhait ouvre sur un aspect insolite du valet.
        Il arrive, en effet, dans les comédies de Molière ou dans celles de Marivaux, que des valets se marient; mais cet évènement résulte des noces de leurs maîtres, ou d'une union d'intérêt. Au contraire, Figaro et Suzanne affirment d'amblée leur désir de fonder un couple : la comédie se rapproche ici du drame bourgeois.
        Or cet amour, ce projet d'union conjugale est contrarie. Des l'ouverture du rideau, la chambre cédée, le lit promis, annoncent une installation précaire, un bonheur incertain; Monseigneur est trop généreux pour être honnête : Figaro a pour rival le comte, son maître. C'est sur cet antagonisme que se construit la pièce, c'est sur ce double projet que se structurent les alliances. Le valet Figaro ne peut construire son mariage sans que surgisse l'ombre du comte, le comte ne peut séduire Suzanne sans se heurter aux intrigues de Figaro.
        Le valet n'est donc plus le confident du jeune maître amoureux, ni son auxiliaire ruse et efficace. Nous sommes loin des comédies de Molière, loin de Scapin ou de Sganarelle, loin aussi du Barbier de Séville, ou Figaro servait les amours du comte Almaviva. Désormais le valet défend ses intérêts propres. Est-il encore vraiment valet et serviteur ? S'il lui arrive de conseiller son maître, c'est pour lui rappeler que la fidélité est nécessaire : "Vous lui donnez, mais vous etes infidèle. Sait-on gré du superflu, à qui nous prive du nécessaire ?"(III,5)Cette belle maxime protège à la fois la comtesse... et Suzanne ! Cette parole de moraliste avise rappelle aussi l'objet du litige.

2. Le choix de Suzanne

        Ainsi le thème des amours ancillaires, fréquent dans l'histoire de la comédie, prend ici une dimension nouvelle : la pièce met sur un pied d'égalité deux hommes que leur condition sépare; ces deux hommes désirent ardemment la même femme. Or, Suzanne, contrairement aux servantes de Marivaux, n'est jamais fascinée par le rang, l'élégance ou les "manières" d'Almaviva. Au contraire, c'est Figaro qu'elle admire; ce sont les talents de son fiance, son brio, sa faconde, que l'amusent et qui la séduisent. Là encore, Figaro est donc un valet bien particulier. Comme ses prédécesseurs, il est drôle. Ses répliques, ses inventives maximes("Quand on saute, on se pelotonne"), ses reparties inattendues("Ce n'est pas moi que mens, c'est ma physionomie") divertissent le public, le font rire. Mais ici l'humour et la joie de Figaro sont aussi un talent, un instrument de séduction. Le valet plait aux femmes (à Marceline, à Suzanne), parce qu'il est gai, "sémillant"(I, 4). La charmante Suzanne dédaigne le comte, choisit Figaro. Cette préférence humilie le maître et glorifie le valet. Le Mariage de Figaro, n'annonce donc pas seulement le sujet et l'enjeu de la pièce : il fonde aussi la force du héros.
        C'est pourquoi, à l'acte V, la chute est si douloureuse. Si Suzan,ne trahit son époux, le ponde bascule. Laforce s'inverse en faiblesse, Figaro n'est plus rien. Il ne s'agit pas seulement d'une jalousie amoureuse, encore moins d'une simple blessure d'amour-propre. La souffrance est plus profonde : "Il riait en lisant, le perfide ! et moi, comme un benêt [...]". Le valet peut croire, en cet instant, que le maître a tout pris, parce qu'il est le maître. La violence de l'injustice sociale est portée au paroxysme : le long monologue de la scène 3 prend alors son sens et sa nécessite. Il permet au serviteur de retrouver son identité, sa dignité. En racontant sa vie, en rappelant toutes les épreuves traversées, Figaro sait de nouveau qu'il est un homme, c'est-à-dire qu'il peut affronter le maître tout-puissant.

3. Les Valeurs du Roturier

        Ce mariage, enfin, prend une dimension sociale et politique, parce que Figaro se fait le porte-parole du tiers état.
        Figaro, en effet, n'est pas seulement un valet. Il a conscience de représenter une classe, active et laborieuse, qui doit déployer "science" et "calcul", pour "subsister seulement" !(V, 3)C'est pourquoi les adresses au comte prennent si souvent la forme de maximes; elles deviennent un défi adresse à la noblesse : Noblesse, fortune, un rang, des places, tout cela rend si fier ! Qu'avez-vous fait pour tant de biens ?(V, 3).
        Aux privilèges de la naissance, Figaro oppose la valeur personnelle, le mérite. Le mariage prend alors une valeur symbolique : entre Almaviva, héritier d'un nom, et "Figaro anonyme", fils naturel de Marceline de Verte-Allure, qui l'emportera ?
        Contre l'aristocrate dévoyé, le roturier protège son amour légitime. Figaro est donc l'honnête homme de la pièce. Il s'éloigne, par là même, de ses prédécesseurs, Arlequin, Scapin, Frontin... Ni "maraud", ni fripon, ni voleur (quelquefois menteur, pourtant, comme ses ancêtres, par jeu et par nécessite), ce nouveau valet est un personnage foncièrement vertueux. Certes, il empoche gaiement l'or et les présente. Mais ces dots ont été conquises, non dérobées. Les égarements du maître justifient ruses ou stratagèmes, qui ne sont jamais ni pour Figaro, ni pour Suzanne.

Conclusion

        Le titre Le Mariage de Figaro éclaire l’œuvre de feux croises. Héritier de tout un passé théâtral, le valet devient un personnage principal, un héros qui tente, en s'opposant au maître, de construire son bonheur. Ce mariage est le nœud du conflit, le contre de l'intrigue. Figaro occupe donc un double emploi : celui du valet et celui de l'amoureux. Choisi par Suzanne, triomphant de son rival, le roturier affirme la supériorité du mérite, sur le rang et sur le nom. Ce mariage enfin concilie l'élan du plaisir et l'engagement durable, la liberté du choix et l'ordre social. En défendant la fidélité conjugale, fruit et garant de l'amour, Le Mariage de Figaro prône une nouvelle morale, une morale bourgeoise, qui condamne l'abus de pouvoir et les mœurs corrompues des grands seigneurs libertins.

[[[Merci à Christ Lusso pour cette dissertation]]] -> MySQL Createur


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