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Regain
Illustration
Jean Giono - Regain


Texte

À l'autre bout du défilé, le ciel entre comme un coin de fer dans la colline. On commence à mieux y voir. Le Gaudissart file à toute allure comme dans une rigole de schiste bien polie. Il est là-dedans tout allongé, tout étiré, mâchuré par de grandes raies luisantes qui partent de l'ombre comme des flèches et, là-bas, dans le jour se courbent. Il semble qu'on a étiré le ruisseau, il semble qu'il y en a un, là-haut sur le plateau qui tire sur la queue du ruisseau et un autre, en bas dans les plaines qui tire sur la tête comme quand on veut écorcher une couleuvre. Et puis, en approchant toujours dans la direction du jour, ça devient comme de la soie, et c'est tout mol et tout en luisance, et ça se gonfle d'air et de vent, et enfin, ça reste plié sur la pente de la colline comme un foulard qu'on a mis à sécher au versant d'un talus.

C'est que le Gaudissart, tout mangeur de terre qu'il est, n'a pas assez manger de plateau, qu'il débouche sur l'autre bord, à quarante mètres de haut, et que, il saute en trois sauts, par trois escaliers arrondis, entre des coussins de mousse. Un petit, saut d'enfant d'abord, puis, d'un élan, il dépasse la roche et s'envoie dans une épaisseur de six mètres d'air. Il se reçoit sur le ressort de ses reins, il roule sur une pente de vingt mètres et alors, d'un beau vol, bandé comme un arc, il descend dans le plan Soubeyran au milieu d'une cuve qui roule du tambour.

En bas, le sentier contourne la cuve, passe au-dessus du ruisseau sur trois pierres plates et s'éloigne en écrasant les près sauvages.


Pour préparer le commentaire composé

1 - Relevez et rapprochez les quatre comparaisons du début du texte

2 - Commentez les images associés au terme "ça"

3 - Etudier dans les trois derniers paragraphes la personnification du Gaudissart



Commentaire composé


I - Les variations d'aspect du ruisseau.

Il s'agit de la description d'un ruisseau, appelé Gaudissart, mais l'évocation du Cours d'eau en tant que tel n'est explicite qu'une seule fois. L'écriture est à ce point concentrée sur la recherche de " l'impression " que l'élément naturel décrit, semble se métamorphoser sous la plume de l'auteur. D'ailleurs, le ruisseau est désigné par le pronom "ça", comme s'il cessait petit à petit d'être identifiable. L'attention portée a la description est perceptible dans le jeu des variations d'aspect.

Les nuances S'organisent selon les déplacements de l'observateur. Au début du texte. il est "à l'autre bout du défilé" puis il "[s'approche] toujours". A mesure qu'il avance, la lumière se modifie, et la perception gagne par là-même en précisions. "On commence à mieux y voir" et "dans la direction du jour", l'apparence du ruisseau s'altère. Il est vrai que ce qui est perçu est d'abord dépendant des lumières et que le cours d'eau frappe le regard par ses changements de teintes. Afin de suggérer les éclats variables de l'eau, le narrateur multiplie les comparaisons, qui se répondent parce qu'elles renvoient à quelque chose de métallique. Ainsi "un coin de fer", "une rigole de schiste bien polie" et "les raies luisantes comme des flèches" évoquent les reflets argentés de la rivière qui surgit de l'ombre, enfoncée dans la colline et dans la " rigole ".

Mais à mesure que la lumière s'impose, les variations s'intensifient. Le narrateur s'attarde d'abord sur la forme du ruisseau qui est tout "allongé". Il est à deux reprises précisé qu'il est " étiré ". L'apparente élasticité du Gaudissart qui ruisselle en coulée uniforme, dans un premier temps, en descendant du haut de la colline ( "là-haut ") vers la prairie ( "là-bas", "en-bas") est évoquée à plusieurs reprises. On insiste bien sur son inclinaison avec les expressions "se courbent", "plié sur la pente" et "talus". La descente en à-pic est également suggérée par deux séries de comparaisons qui se complètent.

La première est amorcée par le verbe "semble" et permet d'associer le ruisseau à un reptile, la couleuvre. Avec elle, il partage la souplesse, mais également, de manière implicite, la couleur, à la fois éclat et noirceur. Le cours d'eau se voit donc attribuer "tête" et "queue" par le jeu des métaphores, extrémités que l'on "tire" (le verbe est répété deux fois) vers la "plaine" et vers le "plateau". L'impression d'étirement est marquée avec netteté dans ce premier paragraphe par le système d'oppositions.

Les autres comparaisons évoquent quant à elles la nuance dans la matière. La souplesse du Gaudissart s'affirme : on passe du rapprochement minéral au charnel, puis de la chair au tissu. En effet, il est devenu "soie" et "foulard". La texture "tout en luisance permet de rappeler l'aspect lumineux de l'eau, mais ce qui importe ici, c'est la légèreté du ruisseau devenu foulard soyeux. Il est "tout mol", il "se gonfle d'air et de vent", il flotte avec inconsistance au dessus du vide.

Cet effort pour décrire à la fois les impressions d'éclats nuancés et de matière qui subtilement s'allège et se fragilise, passe de fait par des analogies frappantes et originales . Cependant, après cette évocation bigarrée de forme, de texture et de couleur, le narrateur cherche à rendre compte du mouvement du Gaudissart, qui s'anime avec une force particulière.


II - L'évocation de la course dynamique.

Dans le premier paragraphe, il est déjà question de la vitesse avec laquelle le ruisseau glisse du "plateau " aux "plaines". " l file à toute allure" et les zébrures argentées passent comme "des flèches". Dans le second paragraphe, c'est le bond qui retirent toute l'attention. Le mouvement est alors contraire a ce qui précédait : le ruisseau, à mesure que la description progressait, semblait gagner en légèreté et en souplesse . Plus aérien, il paraissait plus fragile. Ici, au contraire, la gradation est croissante.

Il y a trois sauts. Chaque étape est signalée par un adverbe : "d 'abord", "puis" , "et alors", Le premier est timoré et prudent, puisqu'il s'agit " d'un petit saut d'enfant ". La personnification permet d'insister sur l'aspect inoffensif du cours d'eau, qui entreprend une descente mesurée. Le second saut permet de s'affaisser "dans une épaisseur de six mètres d'air" auxquels s'ajoutent les vingt mètres de glissade. Enfin. le Gaudissart s'effondre vers le Soubeyran. La chute n'est donc plus rectiligne, elle est fragmentée, et chaque étape permet d'accroître la force du torrent. La vivacité des sauts est marquée , d'ailleurs, par les expressions "d"un élan" et "d'un beau vol, bandé comme un arc". La dernière comparaison fait alors écho à celle qui figure ligne 6 "( comme une flèche "), et elle donne l'impression que la rapidité qui encadre la description est l'un des éléments majeurs du texte.

Pour rendre encore plus sensible cette étourdissante cavalcade, il semble que les effets sonores se multiplient. Amortis au départ par "les coussins de mousse" qui sont assortis à la douceur du bond enfantin, la glissade devient fluide par le jeu des allitérations, en "s" , tout d'abord ( dépasse, s'envoie, épaisseur, six, se reçoit, sur, ressort, ses, sur, descend). Puis elles deviennent assourdissantes avec la prolifération des "r" ( "il se reçoit sur le ressort de ses reins, il roule sur une pente de vingt mètres, et alors ...") qui s'achève en apothéose avec la formule "qui roule du tambour".

La violence sonore qui accompagne la chute du Gaudissart est en rapport avec la personnification qui fait du ruisseau (désigné par un nom propre) un être monstrueux , apparenté à un ogre. Il est "le mangeur de terre", encore affamé, qui "n'a pas assez mangé de plateau". Sa force est suggérée par sa résistance lors du saut, était ainsi annoncée par cet infatigable besoin de dévaler et d'avaler le paysage.

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