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Georges Sand - Le Compagnon du Tour de France


1 - Quand vous avez supporté quelque temps ce rude contact avec le peuple, comme l’esprit de charité et d’enseignement n’est pas réellement en vous, comme vous êtes tourmentés d’idées purement politiques et nullement morales, vous vous dégoûtez et vous retirez de nous en disant : « j’ai vu le peuple, il est féroce, il est abruti, il en a pour des siècles avant d’être propre à se gouverner lui-même. Prenons garde au peuple, mes amis, n’allons pas trop vite. Le peuple est derrière nous, prêt à nous déborder. Malheur à nous si nous lâchons la bête enragée… »
- Nous ne disons pas cela ! s’écria Achille.
- Vous le dites ; vous ne pouvez pas vous empêcher de l’écrire ou de le publier ; vos journaux sont pleins de protestations de vos avocats et de vos orateurs qui nous renient et nous méprisent. Croyez-vous donc que nous ne les lisons pas, vos journaux ? « Le peuple, dites-vous, ce n’est pas cette vile populace qui hurle dans les attroupements, qui demande le sang et le pillage, qui mendie, un bâton à la main, prête à arracher la vie à quiconque ne livre pas sa bourse. Le peuple, c’est la partie saine de la population, qui gagne honnêtement sa vie, qui respecte les droits acquis, cherchant à mériter les mêmes droits, non par la violence et l’anarchie, mais par la persévérance au travail, l’aptitude à s’instruire et le respect aux lois du pays. » Voilà comme vous définissez le peuple, comme vous endossez sa livrée des dimanches pour vous présenter devant les tribunaux, devant les chambres, et devant tous ceux qui ont le moyen de s’abonner à vos feuilles. Mais l’habit grossier que porte le travailleur dans la semaine, mais ses plaies horribles, ses maladies honteuses et sa vermine ; mais ses indignations profondes quand la misère le réduit aux abois, mais ses trop justes menaces quand il se voit oublié et foulé ; mais ses délires affreux lorsque le regret de la veille et l’effroi du lendemain le force à boire, comme a dit un de vos poètes, l’oubli des douleurs ; mais de tout ce qu’il y a de rage, de désordre et d’oubli de soi-même dans le fait de la misère, vous vous en lavez les mains ; vous ne connaissez pas cela ; vous rougiriez de le justifier ; vous dites : « Ceux-là sont nos ennemis aussi ; ils sont l’épouvante et l’opprobre de la société. » Et pourtant ceux-là aussi, c’est le peuple ! Effacez ses souillures, remédiez à ses maux, et vous verrez bien que ce vil troupeau est sorti des entrailles de Dieu tout aussi bien que vous. C’est en vain que vous voulez faire des distinctions et des catégories ; il n’y a pas deux peuples, il n’y en a qu’un. Celui qui travaille dans vos maisons, souriant, tranquille et bien vêtu, est le même qui rugit à vos portes, irrité, sombres et couvert de haillons. La seule différence, c’est que vous avez donné de l’ouvrage et du pain aux uns, et que vous n’avez rien donné aux autres.
George Sand, Le compagnon du tour de France (1840)
Introduction :
Sartre écrit dans situations : « je deviens homme que les autres hommes considèrent comme écrivain c’est à dire que je dois répondre à une certaine demande et que l’on pourvoit d’une certaine fonction sociale ». En 1840, lorsque George Sand écrit le compagnon du tour de France, elle partage cette conception sociale et politique de l’artiste. Roman politique pour ses personnages, ses thèmes et sa violence ; ce roman a fait scandale lors de sa parution. Scandaleuse est George Sand tant par ses mœurs que pour son œuvre contrastée. L’extrait ici est un discours exalté et violent qui vise à blâmer, on est bien loin des romans champêtres.


I. Un tableau social et politique emprunt d’une force révolutionnaire.

1. Une société de préjugés.
- opposition de deux champs lexicaux : richesse / pauvreté
- Explosion des quartiers populaires
- Société cloisonnée : langage différent pour le peuple, « porte fermée »
- Image de la révolte : vocabulaire, allitération en r, anaphore de « mais »

2. Un tableau saisissant de la misére
ECONOMIQUE :
- termes de l’argent
- existence du chômage « travailleurs »
- vêtements

HYGIENIQUE
- termes des maladies mis en valeur par le rythme ternaire

MORAL
- alcoolisme, prostitution, vol
- déshumanisation du peuple « oublié et foulé » « oubli de soi-même »àparte de dignité
- métaphores animales
- « affreux » bête sauvage


3. Modernité du discours argumentatif de Sand
- En 1840, Sand fait une analyse sociologique liée aux conditions de vie.
« effacez ces souillures, remédiez à ces maux »
à le mal est lié à la misère
à le vice n’est pas irrémédiable
- George Sand est lucide
à la solution est le travail
- George Sand souligne dans ce texte :
« Quand la misère le réduit aux abois »
à la misère tue la liberté



II. L’art de blâmer, les armes de Sand

1. Réfuter la thèse adverse
- liens logiquesàopposition
- utilisation du discours direct
- « voilà » précise la thèse
- pronom « vous », le locuteur ne s’incluse pas
- présence du locuteur : vocabulaire appréciatif, impératif
- thèse explicite


2. Disqualification de l’adversaire
- « vous vous en lavez les mains »àPonce Pilate, image négative
- « vous ne connaissez pas cela, vous rougiriez de le justifier » à hypocrite et injuste
- Hyperbole « vile populace » à ridiculise


3. Violence verbale
- violence du lexique, vocabulaire dépréciatif
- « qui » X3 anaphore, rythme ternaire
- allitération en « r » et « s »
- antithèse (dernière phrase)


Conclusion :
Ce texte est intéressant car il nous offre de George Sand, un visage bien singulier, lucide, engagée, violente même. Elle correspond bien à la définition de Victor Hugo qui disait que le poète était comme un prophète chargé de guider le peuple vers la lumière. Rien de tel chez Sand pour laquelle la littérature est une œuvre sociale qui s’adresse au plus grand nombre. Pour Sand, littérature n’est pas un objet de savoir, elle est un moyen de progresse, de transformer l’individu et le monde.

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