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Les Confessions
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Jean-Jacques Rousseau - Les Confessions - Madame de Warens (1ère version)


Les Confessions
1 Je me sentais fort humilié d'avoir besoin d'une bonne dame bien charitable. J'aimais fort qu'on me donnât mon nécessaire, mais non pas qu'on me fît la charité ; et une dévote n'était pas pour moi fort attirante. Toutefois, pressé par M. de Pontverre, par la faim qui me talonnait, bien aise aussi de faire un voyage et d'avoir un but, je prends mon parti, quoique avec peine, et je pars pour Annecy. J'y pouvais être aisément en un jour ; mais je ne me pressais pas, j'en mis trois. Je ne voyais pas un château à droite ou à gauche sans aller chercher l'aventure que j'étais sûr qui m'attendait. Je n'osais entrer dans le château ni heurter, car j'étais fort timide, mais je chantais sous la fenêtre qui avait le plus d'apparence, fort surpris, après m'être longtemps époumoné, de ne voir paraître ni dames ni demoiselles qu'attirât la beauté de ma voix ou le sel de mes chansons, vu que j'en savais d'admirables que mes camarades m'avaient apprises, et que je chantais admirablement.
J'arrive enfin ; je vois Mme de Warens. Cette époque de ma vie a décidé de mon caractère ; je ne puis me résoudre à la passer légèrement . J'étais au milieu de ma seizième année. Sans être ce qu'on appelle un beau garçon, j'étais bien pris dans ma petite taille ; j'avais un joli pied, la jambe fine, l'air dégagé, la physionomie animée, la bouche mignonne, les sourcils et les cheveux noirs, les yeux petits et même enfoncés, mais qui lançaient avec force le feu dont mon sang était embrasé. Malheureusement, je ne savais rien de tout cela, et de ma vie, il ne m'est arrivé de songer à ma figure que lorsqu'il n'était plus temps d'en tirer parti. Ainsi j'avais avec la timidité de mon âge celle d'un naturel très aimant, toujours troublé par la crainte de déplaire. D'ailleurs, quoique j'eusse l'esprit assez orné, n'ayant jamais vu le monde, je manquais totalement de manières, et mes connaissances, loin d'y suppléer, ne servaient qu'à m'intimider d'avantage, en me faisant sentir combien j'en manquais. Craignant donc que mon abord ne prévînt pas en ma faveur, je pris autrement mes avantages, et je fis une belle lettre en style d'orateur, où, cousant des phrases des livres avec des locutions d'apprenti, je déployais toute mon éloquence pour capter la bienveillance de Mme de Warens. J'enfermai la lettre de M. de Ponverre dans la mienne, et je partis pour cette terrible audience. Je ne trouvai point Mme de Warens ; on me dit qu'elle venait de sortir pour aller à l'église. C'était le jour des Rameaux de l'année 1728. Je cours pour la suivre : je la vois, je l'atteins, je lui parle... Je dois me souvenir du lieu ; je l'ai souvent depuis mouillé de mes larmes et couvert de mes baisers. Que ne puis-je entourer d'un balustre d'or cette heureuse place ! que n'y puis-je attirer les hommages de toute la terre ! Quiconque aime à honorer les monuments du salut des hommes n'en devrait approcher qu'à genoux.
C'était un passage derrière sa maison, entre un ruisseau à main droite qui la séparait du jardin, et le mur de la cour à gauche, conduisant par une fausse porte à l'église des cordeliers. Prête à entrer dans cette porte, Mme de Warens se retourne à ma voix. Que devins-je à cette vue ! Je m'étais figuré une vieille dévote bien rechignée : la bonne dame de M. de Pontverre ne pouvait être autre chose à mon avis. Je vois un visage pétri de grâce, de beaux yeux bleus pleins de douceur, un teint éblouissant, le contour d'une gorge enchanteresse. Rien n'échappa au rapide coup d'oil du jeune prosélyte ; car je devins à l'instant le sien, sûr qu'une religion prêchée par de tels missionnaires ne pouvait manquer de mener en paradis. Elle prends soin, en souriant, la lettre que je lui présente d'une main tremblante, l'ouvre, jette un coup d'oeil sur celle de M. de Ponverre, revient à la mienne, qu'elle lit toute entière, et qu'elle eût relue encore si son laquais ne l'eût avertie qu'il était temps d'entrer. «Eh ! mon enfant, me dit-elle d'un ton qui me fit tressaillir, voilà courant le pays bien jeune ; c'est dommage en vérité.» Puis, sans attendre ma réponse, elle ajouta : «Allez chez moi m'attendre ; dites qu'on vous donne à déjeuner ; après la messe j'irai causer avec vous.»
INTRODUCTION

Rousseau est accueillit par l'Abbé de Pontverre, qui veut lui faire l'apostolat. Une fois que Rousseau a réussi, il l'envoie à Annecy chez Mme de Warens, nouvelle convertie.

On pourra analyser successivement :
I. Le voyage vers Annecy "Je ma sentais fort humilié . a décidé de mon caractère"
II. Le portrait de Rousseau par lui même "J'étais au milieu . j'en manquais"
III. La rencontre proprement dite "Craignant donc . à genoux"
IV. Mme de Warens "C'était un passage . j'irai causer avec vous"


I. LE VOYAGE VERS ANNECY

C'est un homme de 50 ans qui raconte ses émois de 15 ans. Il réagit et retient "une bonne dame bien charitable" ([l.126]), qui fait naître en lui un sentiment d'humiliation. Il ne peut l'imaginer que sous les traits d'une dévote, "une vieille dévote bien rechignée" ([l.192]).
Il est pressé par Mr de Pontverre, par la faim et par l'envie de faire un voyage. Il en prit son parti quoique avec peine. Rousseau aime l'aventure. Il met 3 jours au lieu d'un ("j'arrive enfin, je vois Mme de Warens" [l.146]).
On attend un portrait de lui, il n'en est rien. C'est un retour de Rousseau sur lui-même qui prend place ici. L'apparition de Mme de Warens n'arrivera qu'à la fin.

II. LE PORTRAIT DE ROUSSEAU PAR LUI MEME

En une phrase, Rousseau justifie ce temps d'arrêt dans le récit, par l'importance de cette rencontre pour sa formation. Il est donc légitime qu'il s'y attarde. Il trace ici un portrait de lui-même, assez flatteur.
On voit la vivacité de Rousseau. Des choses inalliables qui s'unissent déjà en lui, timide et vif. C'est un si joli garçon qui ne sait pas tirer parti de cela. Il a le sentiment d'être quelqu'un, déséquilibré entre ses différentes et ces qualités.

III. LA RENCONTRE PROPREMENT DITE

Il va écrire et faire une "belle lettre en style d'orateur" ([l.169]). Il est d'abord éloquent (comme dans beaucoup d'ouvres : les Discours, les lettres à Mr de Malheserbes, les lettres écrites de la Montagne, les lettres à Sophie) pour montrer sa vrai valeur.
Des points de suspension traduisent l'émotion qui l'envahit pour un tel souvenir : c'est le rappel d'une des heures les plus douces de sa vie. Là, il commence à vivre. Il traduit une émotion intense en utilisant un rythme excessif (alexandrin, décasyllabes : poésie pure).

IV. MME DE WARENS

Description précise des lieux : ruisseau à main droite ([l.187]), mur à gauche ([l.188]), Mme de Warens (au centre), qui se retourne à sa voix : portrait enchanteur de cette femme dont il détaille les charmes. Rousseau ressent une attirance pour cette femme.
En quelques mots, la scène s'achève. On y note une pointe de vanité de Rousseau : Mme de Warens lit plusieurs fois sa lettre et ne jette qu'un coup d'oil sur celle de l'Abbé de Pontverre. Puis, se sont quelques paroles aimables, mais sans plus.

CONCLUSION

Ainsi, s'achève la première rencontre avec Mme de Warens. Trois jours plus tard, Rousseau partira pour Turin. Plus d'un an s'écoulera avant qu'ils ne se revoient et plusieurs années se passeront avant que des relations intimes s'établissent entre eux.
N'oublions pas que dans ce texte, c'est un adolescent de 15 ans qui se trouve mis en scène par le souvenir d'un homme de plus de 50 ans.

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