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Le Dormeur du val
Illustration
Arthur Rimbaud - Le Dormeur du val


Le Dormeur du val
1 C'est un trou de verdure, où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil, de la montagne fière,
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.
5
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert ou la lumière pleut.
10
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement: il a froid.

15 Les parfums ne font pas frissonner sa narine.
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, novembre 1870

Elements de biographie sur Arthur Rimbaud

Arthur Rimbaud nait le 20 Octobre 1854 à Charleville. Il commence à écrire des poèmes très jeune, encore au collège. L'un de ses premiers poèmes à être publié est "Les Etrennes des orphelins", dans la revue "La Revue pour tous" en 1870.

Voulant "devenir Parnassien", il fugue en 1870 pour rejoindre Paris. N'ayant pas de billet de train valide, il est transféré à la prison Mazas à la guerre du Nord. Dans cette période se déroule la bataille de Sedan, et les armées prussiennes sont au porte de Paris. C'est pourquoi, en ces temps troubles, la sanction est lourde.

Libéré, il effectuera une nouvelle fugue quelques mois plus tard vers Charleroi. Il composera environ sept poèmes pendant ce voyage, où il tentera de rencontre son professeur Georges Izambard avec lequel il s'était lié d'amitié.

En 1871, il fuguera vers Paris où il aura l'occasion de rencontre des poètes. Il cherche à entrer en relation avec des futurs personnages de la Commune de Paris.

A partir de 1871, et pendant deux ans, il entretiendra des relations avec Paul Verlaine. A cette période, il rédigera plusieurs chefs d'oeuvre tel que "Le bateau ivre". Cette relation se terminera par l'agression de Rimbaud par Verlaine à l'aide d'une arme à feu, et celui-ci sera incarcéré.

En 1874 et 1875, il se détournera de la poésie et se consacrera à l'étude de l'allemand et de l'italien.
En 1876, il se rend en Autriche, puis en Belgique. Il s'engagera ensuite brièvement puis désertera, avant de rejoindre l'Irlande, l'Angleterre puis la France.

En 1877, il effectuera de nombreux voyages en Europe. Les trois années suivantes seront passées à Chypre et en Egypte. Il partira ensuite en Afrique entre 1880 et 1891, où il s'essayera à de nombreuses activités, y compris frauduleuses. Malade, il est transporté à Marseilles en 1891, où il mourra le 10 Novembre.

Rimbaud a donc eu une vie atypique entrecoupée de nombreuses voyages et d'activités très diverses. Ses oeuvres les plus connues sont en particulier "Une saison en enfer", publié en 1873 ou "Le dormeur du val" (1888). Ses correspondances font elles aussi partie de son oeuvre. Elles ont été publiées encore récemment, entre 1979 et 2007.

Informations pour l'introduction :


- Ce poème est tiré d'un recueil intitulé «poésie » écrit par Arthur Rimbaud en 1870 (année terrible pour les Français : cette année marque la fin de l' empire de Napoléon 3)
- Forme classique du sonnet de la Renaissance, chute respectée au dernier tercet.

Problématique : Au delà de la description d'un être finalement sans vie, Rimbaud dénonce l'absurdité de la guerre.


Proposition de plan pour le commentaire composé :

I Un cadre champêtre
- tout ce qui renvoie au décor :
On peut admirer un véritable tableau vivant avec son paysage champêtre ou la nature est personnifié («la rivière chante ») le pittoresque du décor est accentuées par les formes variées que donne l'auteur («trou de verdure ;
montagne fière luit »)
Le cadre est également lumineux et coloré = décor idyllique

II La description d'un personnage
    1) Description physique
termes qui renvoient au physique du personnage : "bouche, nuque, pieds" etc. On connait également son métier : "soldat" (V5)

    2) Un personnage qui contraste avec le décor
Au milieu de ce décor idyllique se trouve l'unique personnage du poème. A première vue il s'agit d'un jeune homme en train de dormir mais on se rend progressivement compte qu'il s'agit d'un cadavre : « récurrence du mot
«dort » (il apparaît 3 fois + une fois substantivé) son sommeil devient alors inquiétant (progression vers l'inquiétant) car il contraste avec le décor : alors que le cadre est lumineux et plein de vie il est pâle ; il est
ensuite comparé à un enfant malade les multiples négations (« les parfums ne font pas frissonner sa narine ».) nous amènenent progressivement à la chute : « il a deux trous rouges au côté droit »


III Une découverte macabre
Rimbaud veut provoquer un choc, une émotion : ce jeune homme mort contraste avec la nature pleine de vie.
Il veut insister sur le fait que ce jeune homme devrait être réellement en train de dormir, entendant ainsi inciter à la réflexion sur l'absurdité de la guerre.
On peut aussi, dans cette partie étudier le rythme des vers. On remarque que ce poème a une forme très classique (sonnet), très régulière et la chute est d'autant plus brutale.


Conclusion :
En plaçant un cadavre dans un paysage champêtre Rimbaud tente de faire réfléchir le lecteur quant à l'absurdité de la guerre.

Elements d'étude

Le Dormeur du val est un des premiers poèmes de Rimbaud. Il a environ seize ans lorsqu’il fugue pour la deuxième fois du domicile parental de Charleville Il recopie vingt-deux textes dans un cahier qu’il confie à son ami Paul Demeny, poète également. Le Dormeur du val en fait partie, écrit pendant son errance d’octobre 1870, en pleine guerre franco-prussienne
L’année suivante, il demandera à son ami de le détruire avec les autres quand il refusera tout romantisme, toute subjectivité, tout culte de la forme.

En effet, par bien des aspects, ce poème contient encore pleins de réminiscences scolaires et utilise la forme du sonnet selon la disposition abab-cdcd-eef-ggf, proche des sonnets shakespeariens. Mais par le thème choisi, le ton adopté et quelques audaces de forme, il annonce une vision neuve de la poésie.


J’ai choisi de ne pas séparer les caractéristiques formelles et structurelles du poème de ses centres d’intérêts car tous les éléments de la description et de la construction concourent à la révélation brutale du dénouement.
Cela commence par un tableau idyllique et vivant. La lumière baigne littéralement la scène car la végétation tamise les rayons du soleil, eux-mêmes reflétés par les algues qui affleurent en « haillons d’argent », pour repartir vers la montagne. Le verbe mousser résume bien cette fusion de l’eau et du soleil. Les deux rejets « D’argent » et « Luit », accentuent cette qualité particulière de la lumière
Les consonnes liquides du premier vers (r,v), les assonances nasales du second (accrochant, follement, haillons, d’argent) donnent de la fluidité à la description et atténuent le bruit de la rivière.
Le regard embrasse la scène dans sa totalité en un mouvement descendant puis ascendant. Le premier et le dernier vers du premier quatrain se répondent ainsi dans une description qui n’est pas statique.
Les éléments naturels sont personnifiés : la rivière « chante », accroche « follement » et la montagne est « fière » de dominer le paysage. Tout respire une certaine joie de vivre que l’on peut même juger d’une mièvrerie peut-être volontaire.


Le second quatrain tempère cette impression en développant le champ lexical des couleurs froides (bleu, pâle, vert, l’herbe). Le personnage –un jeune soldat que Rimbaud aurait pu rencontré durant sa fugue-, semble en accord avec l’environnement.
La posture, précisée dans le premier tercet, n’est pourtant pas naturelle lorsque l’on sait que le cresson et les glaïeuls sont ici des plantes aquatiques. Il faudrait qu’il fasse bien chaud en ce mois d’octobre des Ardennes pour faire la sieste dans une rivière… Le champ lexical de la maladie, « pâle », « lit », puis « malade » et enfin l’adjectif « froid » souligne ce malaise.
La répétition du verbe dormir à trois reprises, dont une fois dans un rejet et de l’expression « fait un somme » attire l’attention du lecteur. Son sourire, comparé à celui d’un enfant malade avec l’insistance due au contre-rejet ne rassure pas non plus. Le trou de verdure devient les bras d’une mère (encore une personnification destinée à unir la nature et l’homme) Le verbe bercer renvoie à un plus jeune âge encore.

Retenons la musique particulière du vers huit qui résume bien la scène.
« Pâle dans son lit vert où la lumière pleut. »
Les labiales du début et de la fin encadrent ce tableau où « vert » placé à l’hémistiche et « lumière » se répondent par assonance ouverte, où les liquides soulignent encore la qualité particulière de l’éclairage.


Le dernier tercet continue la description qui n’est d’ailleurs jamais globale. Le poète évoque le jeune soldat par métonymies successives en utilisant des parties de son corps, la bouche, la tête, la nuque, le sourire des lèvres, les pieds, la narine, la poitrine, le côté droit. Nous avons en fait une succession de gros plans qui retardent intelligemment la découverte finale.
Chaque terme positif (le sourire, la chaleur, la lumière) est compensé par un terme négatif (malade, froid, chaudement).

Mais le vers douze inquiète bien plus. Avec son rythme régulier à quatre temps, renforcé par les sifflantes et les nasales imitant la respiration, il place toutefois le négatif « pas » à l’hémistiche.
« Les parfums ne font pas frissonner sa narine. »
La licence poétique –sa narine au singulier- permet de rapprocher deux parties du corps (la poitrine) à la rime tout en évitant un pluriel qui allongerait le vers d’une syllabe.
Le dernier vers qui constitue une sorte de chute, n’utilise pas le terme de « mort », mais encore la métonymie, ici la conséquence pour la cause.
Les assonances en « ou » forment un hiatus encore plus brutal que dans « bouche ouverte », brutalité renforcée par l’alternance des dentales et des gutturales.
« Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit »
L’adjectif, rejeté en début de vers, laisse planer une menace avec le prolongement de sa voyelle finale.
La douceur du paysage contraste ainsi violemment avec la mort du jeune soldat. Un mort d’autant plus intolérable qu’elle prend place dans un environnement agréable et qu’elle concerne un jeune homme presque encore enfant.


Le Dormeur du val, dans un ton d’amertume ironique analogue à celui du Mal est à la recherche d’un rythme neuf qui démembre l’alexandrin à force de rejets, contre-rejets et de ponctuations fortes (points, points virgules, deux points au milieu du vers).
Comme d’autres poèmes de cette époque, il utilise le rendu d’impressions lumineuses et de couleurs symboliques.
Rimbaud ne mettra que peu de temps à se libérer des contraintes du mètre et des thèmes habituels de la poésie. Il exploitera dés l’année suivante le poème en prose et les visions oniriques ou symboliques.

Commentaires


Par Pierre le 13 janvier 2016 à 15h41
Merci à Bac-facile pour le commentaire de ce poème qui me plait beaucoup.


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