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Je est un autre
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Arthur Rimbaud - Je est un autre


Je est un autre
1 Je est un autre. Tant pis pour le bois qui se trouve violon et Nargue aux inconscients, qui ergotent sur ce qu'ils ignorent tout à fait.
I. Introduction :

A. Reformulation :
« Je est un autre » Proposition qui forme un paradoxe : le pronom qui désigne celui qui parle, celui que nous croyons le mieux connaître serait, à en croire Rimbaud, un autre. En quel sens l'entendre ? Est il un autre que celui qu'il croit être, un autre que celui que l'on croit connaître ? Ou alors devient il un autre à chaque instant ? Peu importe. Le sujet n'est jamais, selon Rimbaud, identique à lui-même. Il n'existe que dans le mouvement qui le fait différer de soi : il se transforme constamment.

La métaphore qui suit cette formule permet d'en préciser le sens. Du bois au violon, il y a toute la différence qui sépare le matériau brut de l'instrument de musique. La transformation du bois renvoie à celle du sujet appelé à devenir autre et à s'enrichir de cette aventure. Voilà ce qu'ignorent les inconscients que les promesses de cette métamorphose laissent de marbre et qui préfèrent s'en tenir à la logique de l'identité.


B. Annonce du plan :
« ma bohème »un congé donné à la poésie lyrique.
« le bateau ivre »Une parole qui nous libère des représentations qui nous emprisonnent



II. Développement :

A. Le dépassement du lyrisme
Par presque tous ses aspects « ma bohème » appartient encore au lyrisme.

CF. thèmes de la misère, de la muse dont le poète est le féal, de l'identification au conte du petit Poucet dont le sens est inversé, du contact avec la nature, qui appartiennent tous à la tradition romantique. C'est l'exaltation du poète vagabond, de sa liberté, du bonheur de l'errance.

La dernière strophe cependant esquisse le dépassement de tout ce qui s'est exprimé jusque-là. Elle offre en effet l'image du poète relaçant sa chaussure, La trivialité du geste à elle seule rompt avec le lyrisme. Mais c'est surtout la métaphore qui est instructive : elle met en rapport la poésie, symbolisée par la lyre, avec les lacets que tire le poète, « un pied près de son coeur »". Comment mieux tourner le dos à l'image traditionnelle de l'inspiration poétique ? Comment montrer plus ironiquement que le poète ne s'inspire que de sa propre marche ?


B. Une poésie qui se libère des représentations conventionnelles

1.sens du titre et la première partie du bateau ivre

La métaphore du moi du poète présenté comme un bateau ivre peut apparaître comme un commentaire de la formule « Je est un autre ». L'aventure d'un vaisseau lançé à travers l'océan vers un monde inconnu devient un symbole de l'aventure poétique dans la quelle le sujet se fait « autre »en se libérant de la représentation conventionnelle de soi.

D'ailleurs la première partie du poème ( strophe 1-5) évoque cette libération. La rupture brutale avec le monde terrestre, l'abandon des haleurs aux peaux rouges qui les supplicient, la perte progressive de tout chemin, la course folle puis la danse du bateau, enfin sa purification et sa régénération au contact de la mer, tout, dans ces vers, évoque la joie et le bien-être d'une telle libération.

La dérive du moi, à l'image de celle du bateau est comprise ici comme une chance, une condition de l'aventure, une ouverture à l'imaginaire.


2. Les pouvoirs de l'imaginaire

Strophe 6, la métaphore décrit la mer comme le poème qui la décrit : « Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème de la mer ». Celui-ci ne nomme plus seulement les choses en respectant les conventions, il les suscite dans l'imagination sous un angle imprévu. L'aventure du bateau en pleine mer désigne celle du poète dans les représentations qui s'attachent à la langue.

D'ailleurs la perception de la mer aux strophes 6 et 7 en transforment l'image habituelle par l'usage des synesthésies, le recours à des qualificatifs surprenants, l'accumulation d'attelages et de pluriels poétiques (v.25-28). On assiste moins à la description du réel qu'à sa constante transformation, qu'à son déplacement d'un lieu vers un autre de la pensée. Le poème parle t'il des couleurs mouvantes de la mer, de la musique des vagues, de la poésie ou de l'amour ? De tout cela sans doute, de façon à ce qu'une dimension du réel renvoie aux autres dans un miroitement incessant.

On le voit si « je est un autre ». La réalité qu'il perçoit est autre elle aussi et ne distingue guère de l'hallucination. Le monde qu'évoque Rimbaud se voit happé dans le vertige des m étamorphoses. Or, en quoi ce monde serait-il moins réel que celui que nous avons pris l'habitude de nous représenter dans l'usage conventionnel de la langue.



3. désenchantement

Le poème se termine curieusement par un triple désenchantement , le regret de l' « Europe aux anciens parapets », c'est d'avantage encore le désir de mourir à la strophe 23, c'est enfin le retours au r6eve de l'enfant « plein de tristesses », qui au bord de l'étang, « lache un bateau frêle comme un papillon de mai ». Pourquoi une telle désillusion ? serait elle le signe que l'aventure du bateau et celle du poète n'ont été qu'un rêve appelé à se dissiper, que les merveilles évoquées n'ont été qu'entrevues ? Probablement. Mais comme le dit Proust, « les vrais paradis sont ceux qu'on a perdus »et il n'y a pas lieu de s'en affliger. Le bonheur que donne la poèsie ne réside pas dans la possession d'un autre monde, il est de rendre supportable celui-ci en nous donnant l'idée de ce qu'il pourrait être.


Conclusion :
Ce que promet le poème, par-delà les images qu'il suscite, c'est lui-même. Il risque certes de décevoir notre attente d'un autre monde, mais en même temps il est capable de nous enchanter. D'ailleurs, ce qu'il donne n'est pas vain : c'est l'assurance que le sujet peut se dépasser et agrandire l'image qu'il se fait des choses qui l'entourent, qu'il peut « devenir autre », imaginer d'autres usages possibles de la langue et du monde qu'il hérite. C'est somme toute se souvenir que du bois peut naître un violon et que la musique est proche de nous en toute circonstances.

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