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Mont Oriol
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Maupassant - Mont Oriol


Mont Oriol
1 Maupassant, Mont-Oriol, I, 3 : l'apologie des " affaires " par William Andermatt
( Garnier-Flammarion, n° 547, pages 74 - 75, de " Ah, vous ne comprenez pas... " jusqu'à " vers Chatel-Guyon " )
Situation :

Fin du chapitre 2 : apparition de la source " miracleuse " après l'explosion du morne. Chapitre 3 : l'idée se développe de créer une ville d'eau à partir de cette nouvelle source. Andermatt avait passé l'après-midi avec le docteur Latonne, " laissant couler, avec ses paroles, de grands projets sur Enval " ( page 68 ).

Le lecteur sait déjà ( cf. p. 39 : " un juif, un faiseur d'affaires ", page 47 : " ce gros garçon très riche " ) qu'Andermatt est un homme d'affaires. C'en est ici la confirmation, par l'intéressé lui-même : il développe sa " philosophie " comme Dom Juan la sienne ( acte 1, scène 2 ) : pas d'ambiguïtés dans le personnage.

Les conditions sont évoquées dans le § précédent : " Si ce vieux ( Oriol ) est raisonnable ( = s'il accepte nos conditions ), et si l'analyse donne ce qu'espère le docteur Latonne, ( = si l'eau a des qualités thermales ), je vais probablement tenter ici une grosse affaire : une Ville d'Eaux ( noter les majuscules, traduisant sans doute l'insistance d'Andermatt sur ces deux mots ). Je veux lancer une Ville d'Eaux ( terme de volonté : je veux, qui contredit le probablement de la phrase précédente, le verbe lancer, toujours utilisé lorsqu'on parle d'un nouveau produit)" : Nous avons ici un condensé du personnage, volonté, " courage " en affaires, intuition...



Nous allons étudier ce texte suivant deux axes de lecture :

1) Un moi en expansion : un nouveau Dom Juan

2) Les " affaires " : l'action qui remplace les vieilles valeurs militaires dépassées



1) Un moi en expansion : la lecture du texte nous permet de voir un grand nombre de pronoms de la première personne, toujours accompagnés d'un verbe de volonté, d'action, un verbe positif, en tout cas :

- moi, je vois les pièces... (10)
- je me bats ( 2x), (15)
- j'en ferai une ville (20)
- je réussirai (29)
- je tiens le moyen (29)
- je l'ai vu tout d'un coup (30)
- j'en ai pour trois ans de plaisir (35)
- je ruine l'ancienne société (39)

On distingue dans la succession de ces affirmations une gradation : voir / se battre / vaincre/ réussir / ruiner l'autre : programme, description d'une bataille.

Parfois, dans le discours du je, s'insinue le nous : les grandes affaires, les nôtres (4) ; nous sommes les puissants d'aujourd'hui (18) ; notre métier (32). On peut y voir soit les hommes d'affaires juifs, soit simplement les hommes d'affaires en général, selon que l'on veut insister ou non sur l'antisémitisme de Maupassant... En tout cas, plutôt que de s'interroger à l'infini sur les intentions de l'auteur, il est clair qu'Andermatt sait qu'il a derrière lui un monde : il n'est pas seul, fait partie d'une caste, ce qui lui donne son assurance.

On peut aussi intégrer dans ce § les notions de temps verbaux : le passé ( j'ai vu ), le présent ( je me bats ), et le futur ( j'en ferai une ville ) également révélateurs du programme du conquérant.

Le mot qui encadre cette déclaration est : amusant (2 et 34), repris par plaisir (35) : la finalité du jeu, présentée ici, n'est pas l'argent, mais le plaisir ( déplacement de la conquête économique sur le plan de la conquête amoureuse : on ne séduit pas une femme pour son argent, on la séduit pour le plaisir de l'avoir séduite, et cette action n'a qu'un temps : trois ans de plaisir (35), ce qui nous rappelle Rodolphe, pensant à Emma : " qu'en ferai-je après ? " Il faut nécessairement une autre conquête.

2) Les affaires : un langage militaire. L'autre caractéristique du texte, c'est l'abondance des termes militaires, qui nous rappelle le monologue de Dom Juan ; tout d'abord, le trio politique-guerre-diplomatie (6-7) qui résume tout ceci, puis la comparaison des pièces et billets de banque avec la hiérarchie militaire ( troupiers, lieutenants, capitaines, généraux ), le fait de comparer les autres stations thermales avec des ennemis ( se battre avec Royat..., 25 et suivantes), pour culminer dans la comparaison qu'il fait de lui-même avec " un grand général " ( cf. Dom Juan : comme Alexandre le Grand, je voudrais qu'il existât d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses ), qui connnait la faiblesse de l'ennemi(31).

L'intérêt est aussi dans la dernière triade : conduire les hommes / les entraîner / les dompter : gradation de l'effet obtenu, qui révèle bien les intentions du " meneur d'hommes " : les dompter = les forcer à entrer dans sa logique, être raisonnable ( pour Oriol ), consommer, etc.

Ce discours repose évidemment sur une conception très claire de la société bourgeoise : une répartition en deux classes ( les riches / les pauvres ) et un rapport clair entre les deux : les pauvres au service des riches,, société stable, que personne ne conteste, où chacun reste " à sa place ".



Conclusion : ce portrait littéraire n'est pas éloigné des modernes hommes d'affaires, même si le langage est moins métaphorique ( encore que... ) , il manifeste une sorte d'orgueil, l'idée qu'Andermatt se prend pour un dieu, qui fabrique des villes selon son bon vouloir ( il m'aura plu... ligne 24-25 ), comme Louis XIV : tel est mon bon plaisir.

Ce que les antisémites reprochent aux juifs, entre autres, à cette époque-là, c'est de ne pas appartenir à la nation française, de porter des noms à consonance allemande ( Andermatt... ) et d'avoir des accointances avec l'étranger ( ennemi potentiel ). Ici, Andermatt dit clairement que les affaires, c'est tout : la politique, la guerre, la diplomatie ; peut-on aller jusqu'à dire que c'est la guerre moderne? En tout cas, pour lui, c'est dans les affaires réussies que se manifeste la valeur de l'individu, et non dans un quelconque exploit guerrier ou chevaleresque : la bourgeoisie d'affaires est la nouvelles chevalerie.

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