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Pierre et Jean, Chapitre 7
Illustration
Maupassant - Pierre et Jean - Chapitre 7 - Les confessions de Mme Roland


Pierre et Jean, Chapitre 7
1 Jean s'élança vers la fenêtre, elle était fermée, avec les volets clos. Il se retourna, fouillant les coins noirs de son regard anxieux, et il s'aperçut que les rideaux du lit avaient été tirés.
Il y courut et les ouvrit. Sa mère était étendue sur sa couche, la figure enfouie dans l'oreiller, qu'elle avait ramené de ses deux mains crispées sur sa tête, pour ne plus entendre.
Il la crut d'abord étouffée. Puis l'ayant saisie par les épaules, il la retourna sans qu'elle lâchât l'oreiller qui lui cachait le visage et qu'elle mourrait pour ne pas crier. Mais le contact de ce corps raidi, de ces bras crispés, lui communiqua la secousse de son indicible torture. L'énergie et la force dont elle retenait avec ses doigts et avec ses dents la toile gonflée de plumes sur sa bouche, sur ses yeux et sur ses oreilles pour qu'il ne la vît point et ne lui parlât pas, lui firent deviner, par la commotion qu'il reçut, jusqu'à quel point on peut souffrir. Et son coeur, son simple coeur, fut déchiré de pitié. Il n'était pas un juge, lui, même un juge miséricordieux, il était un homme plein de faiblesse et un fils plein de tendresse. Il ne se rappela rien de ce que l'autre lui avait dit, il ne raisonna pas et ne discuta point, il toucha seulement de ses deux mains le corps inerte de sa mère, et ne pouvant arracher l'oreiller de sa figure, il cria, en baisant sa robe :
"Maman, maman, ma pauvre maman, regarde-moi !" Elle aurait semblé morte si tous ses membres n'eussent été parcourus d'un frémissement presque insensible, d'une vibration de corde tendue. Il répétait :
5 "Maman, maman, écoute-moi. Ça n'est pas vrai. Je sais bien que ça n'est pas vrai." Elle eut un spasme, une suffocation, puis tout à coup elle sanglota dans l'oreiller. Alors tous ses nerfs se détendirent, ses muscles raidis s'amollirent, ses doigts s'entrouvrant lâchèrent la toile ; et il lui découvrit la face. Elle était toute pâle, toute blanche, et de ses paupières fermées on voyait couler des gouttes d'eau. L'ayant enlacée par le cou, il lui baisa les yeux, lentement, par grands baisers désolés qui se mouillaient à ses larmes, et il disait toujours : "Maman, ma chère maman, je sais bien que ça n'est pas vrai. Ne pleure pas, je le sais ! Ça n'est pas vrai !" Elle se souleva, s'assit, le regarda, et avec un de ces efforts de courage qu'il faut, en certains cas, pour se tuer, elle lui dit :
"Non, c'est vrai, mon enfant."
INTRODUCTION :
Après avoir torturé moralement sa mère, Pierre a acquis la certitude qu'elle a trompé son père, bien que celle-ci ne le lui ait pas avoué. Énervé par l'annonce du mariage de Jean avec Mme Rosémilly, il jette à la figure de son frère Jean que celui dont il vient d'hériter est son véritable père, sachant que sa mère est dans la chambre à côté et qu'elle entend tout. Puis il s'enfuit de la maison et Jean, refusant de le croire, cherche sa mère afin de savoir si c'est la vérité.


A - L'auteur s'applique à créer une ambiance :
Dans le décor s'opposent le noir (1 : "volets clos", 2 : "coins noirs", "rideaux... tirés", 4 : "enfouis", 8 :"cachait le visage") et le blanc du visage, presque illuminé (25 : "toute pâle, toute blanche").
Le lieu est mélodramatique : une chambre, un lit, une fenêtre, des rideaux, une chandelle sans doute. Le lieu a été mis en scène avec soin (par la mère) : "les rideaux du lit avaient été tirés", lignes 2 et 3. Huis-clos donc, avec deux issues : la porte que vient de franchir Jean, et la fenêtre du suicide possible. C'est d'ailleurs cette idée qui affole le fils, sa première inquiétude.


B - Deux personnages, jouant chacun son rôle :
Jean précise même quel est le sien. Ligne 13 "pas un juge[...], un homme[...], un fils[...]". Des indications scéniques, proches des didascalies, décomposent chacun des mouvements de Jean (verbes d'action lignes 1, 4, 6, 7, 8). Certaines attitudes de la mère sont même découpées, décomposées, présentées au ralenti : ligne 23:"ses nerfs se détendirent, ses muscles raidis
s'amollirent, ses doigts s'entrouvrant lâchèrent la toile", ligne 29: "se souleva, s'assit, le regarda". Ce découpage minutieux donne de l'intensité à l'action.


C - Le jeu des acteurs est peu naturel, théâtral :
Le fils, agité, a une attitude brusque, presque violente. Il fouille la chambre du regard, se retient d'arracher l'oreiller; court (4), manipule le corps inerte (7, 8), embrasse la robe maternelle (17), crie (17)... La mère est figée dans l'attitude du gisant, à l'envers d'abord (sur le ventre) puis retournée, visage enfoui (5) dans l'oreiller et corps crispé agité de secousses (9, 19 et 20).
Quand elle réagit (22), il s'agit de "spasme", de "suffocation", de sanglots. Enfin, les gestes simples (lâcher l'oreiller, s'asseoir) sont réalisés avec une emphase, une outrance, qui en accentuent la valeur.


D - Les dialogues, extrêmement limités, sont répétitifs.
Jean, avec un langage puéril (21, 28), implore en pleurant peut-être lui aussi (27 : grands baisers désolés qui se mouillaient à ses larmes"). Maupassant résume l'inutilité de ces mots par l'imparfait et l'adverbe "et il disait toujours" (27). Le dénouement tombe comme une contradiction flagrante avec toute cette scène, dès que parle la mère (31 : "Non, c'est vrai, mon enfant."). On peut ainsi parler de coup de théâtre. Avec cette chute, chacun reprend sa place : le fils redevient le fils, la mère redevient la mère ("mon enfant"), et la vérité reprend ses droits : fin de la comédie, fin de la scène. Il s'agit donc d'une scène presque muette, dans laquelle les gestes sont plus importants que les mots.


E - L'action dramatique :
Le fils entre dans la chambre. Il sait que sa mère a entendu sa dispute violente et sonore avec Pierre. Il s'attend éventuellement au suicide de la mère. Ce n'est pas le cas. Il cherche alors la vérité sur le visage de celle-ci. Elle n'a pas besoin de parler pour la lui montrer. Le fait de la trouver cachée au fond du lit, terrée, le visage caché, lui donne la réponse qu'il attend. Mais il refuse de l'admettre. Sa mère ne peut pas être une femme infidèle, il ne peut être un bâtard. Il ne pose d'ailleurs pas de question mais affirme, comme un enfant, presque en tapant du pied, que "ce n'est pas vrai".
La mère doit alors reprendre son rôle de mère. Elle a vécu depuis une trentaine d'années dans le mensonge, et la vérité lui fait peur. Cette vie d'hypocrisie va mourir lentement, et cette scène en est le symbole. Le souffle manque à Mme Roland, qui se crispe, puis lentement, après une agonie maîtrisée sous l'oil inquiet de jean, revient à la vie et fait de lui son complice dans le mensonge. C'est à lui, et à lui seulement, qu'elle avouera la vérité. Il devra ensuite l'assumer et la protéger de son époux et de son autre fils, légitime celui-ci. Sa comédie a porté ses fruits.


Conclusion :
Une scène extrêmement travaillée, calculée, artificielle, dans laquelle Maupassant s'applique à créer les conditions du coup de théâtre de son roman. Il en profite pour nous montrer à quel point cet univers est conventionnel, stéréotypé : la mère a préparé le décor, le fils joue le jeu, refuse de juger (13) et choisit d'avance de pardonner (14 et 15). Deux solitudes vont maintenant
se liguer contre le reste du monde.
Cette scène capitale de retrouvailles de Mme Roland avec la vérité est pleine de contradiction. Cette vérité si longtemps retenue n'est finalement dévoilée que par calcul à un fils déjà acquis à sa cause.

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