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Pierre et Jean, Chapitre 3
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Maupassant - Pierre et Jean - Chapitre 3 - Repas de famille


Pierre et Jean, Chapitre 3
1 Quand sauta le bouchon de la première bouteille de champagne, le père Roland, très excité, imita avec sa bouche le bruit de cette détonation, puis déclara : "J'aime mieux ça qu'un coup de pistolet." Pierre, de plus en plus agacé, répondit en ricanant :
"Cela est peut-être, cependant, plus dangereux pour toi." Roland, qui allait boire, reposa son verre plein sur la table et demanda : "Pourquoi donc ?" Depuis longtemps il se plaignait de sa santé, de lourdeurs, de vertiges, de malaises constants et inexplicables. Le docteur reprit : "Parce que la balle du pistolet peut fort bien passer à côté de toi, tandis que le verre de
vin te passe forcément dans le ventre.
- Et puis ?
5 - Et puis il te brûle l'estomac, désorganise le système nerveux, alourdit la circulation et prépare l'apoplexie dont sont menacés tous les hommes de ton tempérament." L'ivresse croissante de l'ancien bijoutier paraissait dissipée comme une fumée par le vent ; et il regardait son fils avec des yeux inquiets et fixes, cherchant à comprendre s'il ne se moquait pas.
Mais Beausire s'écria :
"Ah ! ces sacrés médecins, toujours les mêmes : ne mangez pas, ne buvez pas, n'aimez pas, et ne dansez pas en rond. Tout ça fait du bobo à petite santé. Eh bien ! j'ai pratiqué tout ça, moi, Monsieur, dans toutes les parties du monde, partout où j'ai pu, et le plus que j'ai pu, et je ne m'en porte pas plus mal." Pierre répondit avec aigreur : "D'abord, vous, capitaine, vous êtes plus fort que mon père ; et puis tous les viveurs parlent comme vous jusqu'au jour où... et ils ne reviennent pas le lendemain dire au
médecin prudent : "Vous aviez raison, docteur." Quand je vois mon père faire ce qu'il y a de plus mauvais et de plus dangereux pour lui, il est bien naturel que je le prévienne. Je serais un mauvais fils si j'agissais autrement."
Mme Roland , désolée, intervint à son tour : "Voyons, Pierre, qu'est-ce que tu as ? Pour une fois, ça ne lui fera pas de mal. Songe quelle fête pour lui, pour nous. Tu vas gâter tout son plaisir et nous chagriner tous. C'est vilain, ce que tu fais là !" Il murmura en haussant les épaules :
10 "Qu'il fasse ce qu'il voudra, je l'ai prévenu." Mais le père Roland ne buvait pas. Il regardait son verre, son verre plein de vin lumineux et clair, où l'âme légère, l'âme enivrante s'envolait par petites bulles venues du fond et montant, pressées et rapides,
s'évaporer à la surface ; il le regardait avec une méfiance de renard qui trouve une poule morte et flaire un piège.
Il demanda, en hésitant :
"Tu crois que ça me ferait beaucoup de mal ?" Pierre eut un remords et se reprocha de faire souffrir les autres de sa mauvaise humeur.
"Non, va, pour une fois, tu peux le boire ; mais n'en abuse point et n'en prends pas l'habitude." Alors le père Roland leva son verre sans se décider encore à le porter à sa bouche. Il le contemplait douloureusement, avec envie et avec crainte ; puis il le flaira, le goûta, le but par petits coups, en les savourant, le cour plein d'angoisse, de faiblesse et de gourmandise, puis de regrets, dès qu'il eut absorbé la dernière goutte.
15 Pierre, soudain, rencontra l'oil de Mme Rosémilly ; il était fixé sur lui, limpide et bleu, clairvoyant et dur. Et il sentit, il pénétra, il devina la pensée nette qui animait ce regard, la pensée irritée de cette petite femme à l'esprit simple et droit, car ce regard disait : "Tu es jaloux, toi. C'est honteux, cela."
Il baissa la tête en se remettant à manger.
INTRODUCTION :
L'annonce de cet héritage providentiel est l'occasion d'un grand repas de famille auquel les Roland ont convié leurs amis ainsi que Mme Rosémilly. Au cours de ce repas copieux et bien arrosé, l'alcool fait son effet et Pierre ne tarde pas à manifester sa mauvaise humeur.



Plan :
I Caractère et comportement du père
II Caractère et comportement du fils
III L'alcool


I - Caractère et comportement du père :
a.Presqu'enfantin : "très excité" (2), il s'amuse, plaisante
b.hypocondriaque : (7,8 : "depuis longtemps il se plaignait de sa santé... inxplicables"), une allusion au risque lui fait tout de suite peur (7, 14 :"ivresse dissipée", "yeux inquiets")
c.méfiant : (15 : "cherchant à comprendre... pas") il est associé à cet animal rusé qu'est le renard dans une métaphore filée (33 : "une méfiance de renard qui trouve une poule morte et flaire un piège".)
d.apprécie beaucoup l'alcool, il a du mal à y résister, finalement (cf. suite du texte dans le roman, le verre suivant...)
e.partagé entre (b) et (d), il est faible (35 : "en hésitant") : l'antithèse (40 : "envie"/"crainte") puis l'accumulation (41 : "plein d'angoisse, de faiblesse et de gourmandise, puis de regrets") le montrent bien.


II - Caractère et comportement du fils :
1.Malheureux, il ne supporte pas le bonheur des autres (3 : "agacé", 21 : "aigreur", 29 et 30 "murmura,en haussant les épaules : qu'il fasse ce qu'il voudra...", 37 : "sa mauvaise humeur")
2.Intelligent et manipulateur, il profite de son statut de médecin il est la référence médicale (8 : "le docteur reprit") il utilise l'ironie avec sa métaphore de la balle de pistolet (9 : "à côté de toi"..."dans le ventre") ou sa répartie à Beausire (22 : tous les viveurs parlent comme vous... ne reviennent pas le lendemain dire au médecin prudent") il se présente comme un bon fils prenant soin de ceux qu'il aime (24 : "quand je vois mon père...", 25 : "je serais un mauvais fils")
3.Sensible au regard et à l'opinion des autres, cependant (36 : "eut un remords", "se reprocha"). Belle gradation de cette télépathie (44 : "et il sentit, il pénétra, il devina la pensée nette") et parallélisme de construction (43 : "limpide et bleu, clairvoyant et dur") à propos de l'oeil de Mme Rosémilly.
4.Humilié et traité comme un gamin par tous les autres membres de la famille qui voient clair dans son jeu : vocabulaire de l'enfance, du puéril même (19 : "tout ça fait bobo à petite santé", 29 " c'est vilain, ce que tu fais là", 45, 46 : "Tu es jaloux, toi. C'est honteux, cela"). Sa réaction est d'ailleurs celle de l'enfant puni, à la dernière ligne : il baisse la tête...


III - L'alcool (Conclusion) :
C'est certainement la boisson qui provoque chez Pierre cet état d'esprit, cette mauvaise humeur manifeste. Le plaisir de boire s'accompagne d'un relâchement des inhibitions et ce qu'il retient d'habitude, ce qu'il rumine seul, il ose l'exprimer au cours de ce repas où tout le monde est décontracté.
Les effets de l'alcool :
- Chez Pierre : il veut faire mal, vexer, humilier. Il sait qu'il est de mauvaise foi mais il persiste en utilisant l'ironie avec Beausire, ou en faisant la morale à son père (38 : "pour une fois, tu peux le boire. Mais n'en abuse point et n'en prends pas l'habitude.")
- Chez son père, les défenses tombent. Après la plaisanterie, l'homme peu intelligent et bon vivant passe par tous les stades de l'inquiétude et de l'envie de boire quand même. Cette envie l'emporte finalement.
- Chez les autres, c'est la consternation maternelle, le regard accusateur de Mme Rosémilly, l'emportement du capitaine Beausire. Chacun tente de remettre Pierre à sa place et de restaurer l'ambiance festive de ce repas.

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