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Maupassant - Pierre et Jean - Chapitre 1 - L'annonce de l'héritage


Pierre et Jean, Chapitre
1 Le notaire reprit : "Avez-vous connu à Paris un certain M. Maréchal, Léon Maréchal ?"
M. et Mme Roland poussèrent la même exclamation. "Je crois bien !
C'était un de vos amis ?"
Roland déclara : "Le meilleur, Monsieur, mais un Parisien enragé ; il ne quitte pas le boulevard. Il est chef de bureau aux finances. Je ne l'ai plus revu depuis mon départ de la capitale. Et puis nous avons cessé de nous écrire. Vous savez, quand on vit loin l'un de l'autre..."
5 Le notaire reprit gravement : "M. Maréchal est décédé." L'homme et la femme eurent ensemble ce petit mouvement de surprise triste, feint ou vrai, mais toujours prompt, dont on accueille ces nouvelles.
M. Lecanu continua : "Mon confrère de Paris vient de me communiquer la principale disposition de son testament par laquelle il institue votre fils Jean, M. Jean Roland, son légataire universel."
L'étonnement fut si grand qu'on ne trouvait pas un mot à dire. Mme Roland, la première, dominant son émotion, balbutia : "Mon Dieu, ce pauvre Léon... notre pauvre ami... mon Dieu... mon Dieu... mort !..." Des larmes apparurent dans ses yeux, ces larmes silencieuses des femmes, gouttes de chagrin venues de l'âme qui coulent sur les joues et semblent si douloureuses, étant si claires.
Mais Roland songeait moins à la tristesse de cette perte qu'à l'espérance annoncée. Il n'osait cependant interroger tout de suite sur les clauses de ce testament, et sur le chiffre de la fortune ; et il demanda, pour arriver à la question intéressante : "De quoi est-il mort, ce pauvre Maréchal ?"
M. Lecanu l'ignorait parfaitement. "Je sais seulement, disait-il, que, décédé sans héritiers directs, il laisse toute sa fortune, une vingtaine de mille francs de rentes en obligations trois pour cent, à votre second fils, qu'il a vu naître, grandir, et qu'il juge digne de ce legs. A défaut d'acceptation de la part de M. Jean, l'héritage irait aux enfants abandonnés." Le père Roland déjà ne pouvait plus dissimuler sa joie et il s'écria : "Sacristi ! voilà une bonne pensée du cour. Moi, si je n'avais pas eu de descendant, je ne l'aurais certainement point oublié non plus, ce brave ami !"
10 Le notaire souriait : "J'ai été bien aise, dit-il, de vous annoncer moi-même la chose. Ça fait toujours plaisir d'apporter aux gens une bonne nouvelle." Il n'avait point du tout songé que cette bonne nouvelle était la mort d'un ami, du meilleur ami du père Roland, qui venait lui-même d'oublier subitement cette intimité annoncée tout à l'heure avec conviction.
Seuls, Mme Roland et ses fils gardaient une physionomie triste. Elle pleurait toujours un peu, essuyant ses yeux avec un mouchoir qu'elle appuyait ensuite sur sa bouche pour comprimer de gros soupirs.
INTRODUCTION
L'annonce de l'héritage. De retour de la partie de pêche (cf. extrait 1), les Roland apprennent que le notaire est passé les voir car il désire les entretenir de quelque chose d'important. Ils attendent la nouvelle en faisant toutes sortes de suppositions quant à l'avenir de Pierre en particulier. Le notaire revient les voir...

Commentaire Composé


I) Les informations apportées par le notaire :

Comme c'est un notaire, tout le monde s'attend à des infos importantes. Impatience et curiosité de la famille une question (rhétorique ?) en préambule : en effet, il en connaît forcément la réponse. Respect des conventions, de la légalité. L'homme de loi met les formes afin de bien s'assurer qu'il ne s'est pas trompé de famille, ce qui est peu probable. Une seconde question, à
laquelle M. Roland répond parfaitement (6 : adresse, 7 : métier, 8 : lien d'amitié) permet de vérifier la relation entre ces "amis de trente ans". L'information centrale (10), la mort d'un ami, est tragique et annoncée cérémonieusement (9 : "reprit gravement").
Ce n'est pas, en réalité, le plus important ! (14). L'information capitale est placée au bout d'une phrase longue ("légataire universel") et donc retardée de cette façon par l'auteur.Effet de suspens.
L'information suivante, celle qui intéresse particulièrement M. Roland,(la somme léguée, ligne 26) est assortie :
- d'une justification en gradation : (27 : "qu'il a vu naitre, grandir, et qu'il juge [seul ?] digne de ce legs.") qui n'explique rien mais créera la confusion plus tard. C'est l'événement perturbateur du roman...
- d'une menace sous-entendue : seul Jean peut hériter. Sinon, (28) "l'héritage irait aux enfants abandonnés.


II) Les réactions de la famille :

L'unité, la simultanéité, (3 : "la même exclamation", 10 : "L'homme et la femme eurent ensemble ce petit mouvement") au début : un couple uni, qui fait face à une situation difficile, la mort d'un ami.
Rupture de cette unité par l'effet secondaire que produit cette annonce : la douleur de Mme Roland (16 : "Mme Roland, la première") contraste avec la cupidité de son époux (20 : "Mais Roland songeait moins à la tristesse..."). En fait, chacun, de son côté, retient quelque chose. Elle cache la douleur d'une maîtresse (16 : "dominant son émotion", 17 : "notre
pauvre ami", 19 : "semblent si douloureuses") et lui cache sa curiosité à propos de la somme (22 : "pour arriver à la question intéressante")
Fausse question du mari, (23) parfaitement hypocrite, à laquelle le notaire ne répond d'ailleurs pas. Il donne au contraire, l'information tant attendue, après une réponse au style indirect libre (24).
Sincérité, enfin, des réactions générales à cette annonce : juron (30) de M. Roland suivi d'un commentaire heureux, sourire d'aise du notaire qui commet d'ailleurs une maladresse en parlant de (33) "bonne nouvelle", tristesse du reste de la famille, isolé par l'auteur (36 : "Seuls"). Deux groupes sont ainsi formés : les contents (le notaire, M. Roland) et les tristes
(Mme Roland et ses fils).
Les réactions d'émotion sont exprimées grâce à deux types de termes, en ce qui concerne Mme Roland : concrètes (37, 38 : "mouchoir", "bouche","soupirs") et abstraites, poétiques, métaphoriques (19 : "gouttes de chagrin venues de l'âme"). Cette poésie masque ce que l'auteur ne peut pas encore dire...


III) Les interventions de l'auteur :

Ici, c'est la focalisation zéro qui est utilisée la plupart du temps : Maupassant connaît les pensées de chacun des personnages et nous les dévoile. Cependant, il utilise la focalisation externe pour Madame Roland, afin de ne pas dévoiler le coeur du roman. Nous ne devons pas connaître ses vrais sentiments.
En plus du dialogue, l'auteur ajoute ainsi quelques remarques plutôt ironiques sur cette famille. Nombreuses, ces interventions insistent sur l'aptitude de chacun à dissimuler ses sentiments, à faire semblant, à paraître (11 : "feint ou vrai, mais toujours prompt", "larmes... (19) semblent si douloureuses, étant si claires"). Ce dernier mot est particulièrement ambigu : Mme Roland a tout à cacher ! On peut aussi noter la cruauté de la remarque concernant le notaire, aux lignes 33 à 35.
Celui-ci n'est pas sot, et il se doute que la somme annoncée compensera bien, dans cette famille bourgeoise, la douleur de la mort d'un lointain ami.


Conclusion :

Comédie de l'amitié, de la tristesse, manifestées dans cet extrait. Ce qui compte dans ce milieu petit-bourgeois, c'est l'argent, seul. Et celui qui arrive là de façon abrupte va bientôt être la cause de tensions et de discorde. L'événement heureux est en réalité l'événement perturbateur du roman.

Mme Roland, de son côté, est déchirée entre ses sentiments profonds (elle vient de perdre son seul amour !) et la contenance à adopter face à la mort d'un simple ami. Mais elle joue parfaitement la comédie, et sait se dominer, rester digne. Ses talents de dissimulatrice lui seront encore utiles.

Tout au long du texte, l'auteur ironise sur cette hypocrisie générale de la famille Roland, celle des parents essentiellement. Cet extrait accorde encore aux "enfants" un rôle mineur, ce qui va bientôt évoluer.




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