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Le jeu de l'Amour et du Hasard
Illustration
Marivaux - Le jeu de l'Amour et du Hasard - Les Personnages


Introduction à la pièce

Le Jeu de l'amour et du hasard (1730) est une comédie d'intrigue: jeux de mots + situations burlesques + coups de théâtre.
Toute l'action se passe dans la maison de Monsieur Orgon dont les conditions sociales et politiques n'influencent pas la
progression amoureuse des protagonistes. Il n'y a aucune double inconstance. Dans la comédie d'intrigue, il y a une situation où
les événements, déguisements et jeux de mots se confondent. Jusqu'au dénouement, la situation est de plus en plus compliquée.
La réalité y surpasse l'illusion, l'honnêteté y surpasse le mensonge et la raison et l'ordre y surpassent la folie et la passion. La
comédie d'intrigue, avec ses déguisements et toutes sortes de tours, est l'exemple parfait du style roccoco du dix-huitième
siècle.



Personnages

Les personnages, eux-mêmes, expliquent beaucoup sur les conditions sociales de l'époque.

Monsieur Orgon, vieux gentilhomme et père de Silvia, représente le modèle parfait de la haute bourgeoisie ou de la petite
noblesse. Il possède une belle maison et assez d'influence et de privilèges pour choisir pour sa fille un mari de haute stature qui
lui convient intellectuellement. De plus, c'est un homme soigneux et aimant avec des bonnes intentions et des moyens savants.
C'est un homme qui a la prudence d'un bourgeois et le raffinement d'un aristocrate. On peut comprendre son choix pour sa fille.
Il est indulgent avec Silvia: "Dans ce monde, il faut être un peu trop bon pour l'être assez" (Acte I, scène ii). Il est de bonne
humeur aussi pour permettre le déroulement libre de l'intrigue. Le père de Dorante est indulgent envers son fils, lui aussi. Il
accepte que son fils soit excentrique: "Pour moi, qui m'en fie bien à ce que vous m'avez dit de votre aimable fille, j'ai consenti à
tout en prenant la précaution de vous avertir, quoiqu'il m'ait demandé le secret de votre côté" (Acte I, scène iv). C'est vraiment
une pièce où les pères ont confiance dans l'idée que l'ordre naturel de la société prédominera.


Mario, fils de Monsieur Orgon et frère de Silvia, possède une certaine élégance sociale. C'est un jeune homme qui comprend
les rapports subtils entre les personnages dont il dit, "C'est une aventure qui ne saurait manquer de [me] divertir" (Acte I, scène
iv). Mario représente le philosophe de la pièce--l'idée que la position sociale convient à l'esprit naturel. Un esprit noble se
montrera dans n'importe quelle situation. L'ordre de la société, pour la plupart, est l'ordre naturel. Mario prévoit la fin du jeu de
l'amour et du hasard quand il dit, "voyons si leur coeur ne les avertirait pas de ce qu'ils valent" (Acte I, scène iv). C'est ainsi que
les manières raffinées de Dorante et de Silvia les attirent l'un vers l'autre, les manières grossières mais spontanées et gaies de
Lisette et Arlequin les mènent à l'amour.



Les valets ont beaucoup des droits des maîtres. Ils peuvent conseiller, moquer et réprimander leurs maîtres. Pourtant, les manières du valet et de la suivante sont sottes et trahissent l'appartenance à une classe inférieuse. Ils ne sont pas raffinés mais impulsifs et assez vulgaires. Les scènes amoureuses entre Arlequin et Lisette montrent la bêtise des valets, selon Marivaux. Ils ne s'occupent longtemps avec le badinage comme leurs maîtres et, quand ils l'utilisent, c'est de vulgaire façon et maladroite. Ils ont une naïveté qui révèle leur ignorance intellectuelle. Par exemple, Arlequin dit à la suivante, "Cher joujou de mon âme! Cela me réjouit comme un vin délicieux, quel dommage de n'en avoir que roquille!" (Acte II, scène 3). Leurs métaphores et images sont sottes et inopportunes. Le fait que les valets proclament si vite leur amour prouve leur infériorité intellectuelle.

Arlequin est le valet le plus célèbre de la comédie italienne. C'est un personnage plein de joie et de drôlerie dont la tradition théâtrale et la peinture ont immortalisé le costume losangé et bariolé, le sabre de bois (sa fameuse " batte ") et les
pantomimes1. Dans Le Jeu de l'amour et du hasard, il a perdu son costume puisqu'il apparaît d'emblée en habit de maître, sous le nom de Dorante, et garde ce déguisement jusqu'à la fin de la pièce. Pourtant, s'il joue les seigneurs, Arlequin n'a rien perdu de son caractère comique, de son babillage et d'un autre trait plus spécifique : la gourmandise. Mais ici elle se manifeste surtout en matière amoureuse par une grande impatience. Arlequin, avant même de voir Lisette-Silvia, est déjà pressé de conclure le
mariage et ne dédaigne pas, en passant, d'adresser quelques galanteries à la fausse Lisette ! Avec la vraie Lisette, qu'il
pense être une jeune fille de condition, il brûle aussi les étapes : [...] un amour de votre façon ne reste pas longtemps au berceau ; votre premier coup d'oil a fait naître le mien, le second lui a donné des forces, et le troisième l'a rendu grand garçon ; tâchons de l'établir au plus vite [.] " (acte II, sc. 3).
Arlequin, toujours pressé, obtiendra rapidement de Lisette l'aveu de son amour. Au-delà du comique qu'elle engendre, cette
précipitation est très significative : tout d'abord, elle fait d'Arlequin le personnage du plaisir immédiat et en cela le valet se
distingue des maîtres pour qui le bonheur est toujours différé et retardé. Ensuite, cette hâte traduit le désir du valet de profiter
de son costume de maître. Il en tire quelque vanité, c'est-à-dire une conscience neuve de ses mérites ; il en use, sans
complexes, pour s'établir chez Orgon (acte I, sc. 9), traiter avec rudesse Silvia prise pour une servante (acte II, sc. 6),
courtiser Lisette (acte II, sc. 2 à 6) et se moquer de son maître. Tout cela en dépit des convenances et des rappels à l'ordre.
Arlequin est précisément le personnage de l'inconvenance, par sa précipitation, ses manières, sa conduite amoureuse, son
langage. Il devait être l'allié de Dorante ; il offre, en fait, une caricature de son maître, passant d'une grossièreté joyeuse à une
politesse affectée et parodique. Il résiste à son maître et, comme un bouffon, finit par se jouer de lui : lorsque Lisette lui
confie que Silvia n'est autre que la jeune fille de la maison, il garde le secret et laisse Dorante dans l'erreur (acte III, sc. 7).
Arlequin est moins ici un valet fourbe qu'un valet rival de son maître. Il se prend au jeu d'autant plus volontiers que le jeu le
sert. Il est conscient qu'il reste un valet mais il profite du déguisement pour s'affirmer et conquérir le bonheur.

Le personnage de Lisette paraît entrer dans un schéma classique de la comédie : elle est la servante qui aide sa maîtresse
dans une intrigue amoureuse. Elle doit être à la fois sa confidente et sa complice. Mais cette complicité traditionnelle qui est,
en fait, une marque de sujétion, prend un aspect très différent dans Le Jeu. Certes Lisette accepte de participer au stratagème de Silvia et ainsi semble toute dévouée aux intérêts de la jeune fille. Mais cette soumission apparente cache une opposition entre maîtresse et suivante : Lisette ne partage pas l'aversion de sa maîtresse pour le mariage et revendique l'égalité des cours sinon l'égalité du rang (acte I, sc. 1). Lisette n'est donc pas une pâle copie de Silvia : la vivacité de sa parole, son sens de la répartie font d'elle une servante pleine d'esprit qui n'hésite pas à discuter les avis de sa maîtresse (acte II, sc. 7). De plus l'intrigue et le déguisement lui donnent une autonomie dont elle se sert pour rivaliser avec Silvia sur le terrain des sentiments. Ne croit-elle pas " souffler " Dorante à sa maîtresse ? Le schéma de la complicité entre maîtresse et suivante se transforme donc en schéma de rivalité entre femmes sur le terrain de la coquetterie et de la séduction. Pour Lisette l'amour du faux Dorante est inespéré : elle y succombe d'autant plus vite qu'il représente pour elle une sorte de triomphe personnel. Un triomphe d'autant plus éclatant qu'elle croit que sa jeune maîtresse, dans le même temps, n'a su se faire aimer que d'un domestique. Si elle reçoit une sorte de " leçon " de Silvia dans le premier acte (sc. 1), elle prend une revanche. Et particulièrement au cours du deuxième acte où elle accepte de bien mauvaise grâce de réintégrer son rôle de domestique. Elle fait même preuve d'impertinence vis-à-vis de sa maîtresse (acte II, sc. 7). On ne peut donc réduire Lisette à un type figé. Elle est dans Le Jeu autant femme que femme de chambre. Elle reste une servante : elle est l'instrument dont Orgon se sert pour piquer l'amour-propre de sa fille et elle n'épouse finalement qu'un domestique. Pourtant elle est promue par le déguisement et par la symétrie des intrigues au rang de rivale de Silvia (de façon plus convaincante qu'Arlequin vis-à-vis de son maître). Trompée comme Silvia par le jeu des masques mais aussi aimée comme elle, elle est temporairement détentrice d'un pouvoir supérieur à celui de sa maîtresse : elle joue les " grandes dames " quand Silvia reçoit les humiliations réservées aux femmes de chambre. Ce pouvoir nouveau effraye un peu Lisette mais elle l'utilise pour réaliser son bonheur qu'elle atteint avant même sa maîtresse. Elle justifie les paroles qu'elle prononçait dans la première scène pour revendiquer l'égalité en matière de sentiment : " Mon cour est fait comme celui de tout le monde [...] si j'étais votre égale, nous verrions. "


Dorante est le symbole typique d'un amant roccoco. Suivant les théories de l'amour courtois et des amants précieux, Dorante
perd son contrôle émotionnel. Il doit adorer la femme tandis qu'il la respecte. L'homme doit se soumettre aux demandes de la
femme, être patient et fidèle. Dorante souffre de l'amour parce qu'il doit faire sens de la beauté de Silvia, de son propre désir
(que la raison contredit) et de la différence entre la classe apparente de Silvia et sa classe véritable. Dorante est un jeune
homme qui joue bien le jeu de la tendresse et qui fait les choses qu'on attend de lui. Il possède une élégance sociale et un esprit
vivant. Lisette l'appelle, "Un des plus honnêtes du monde, ...il est bien fait, aimable, de bon mine, ...on ne peut pas avoir plus
d'esprit, ...on ne saurait être d'un meilleur caractère" (Acte I, scène i). C'est un homme raisonnable et pratique qui est conscient
de ses affaires, de ce qui le concerne. Il lutte contre sa passion mais en vain. Il reste à la merci de Silvia.


Le monde de Silvia : équilibre utopique entre amour et raison
Pour Silvia, les éléments les plus significatifs sont l'amour, l'amour-propre, les sentiments et la raison. Elle lutte pour l'amour
parfait qu'elle croit être dans la passion honnête, pas dans les mariages arrangés. Dans sa lutte, elle doit faire face aux conditions des valets et de l'humanité en général. Elle emploie le mensonge à propos du langage et de l'apparence pour réaliser le bonheur dans l'unification de sa raison et ses sentiments.

Silvia est une jeune femme, bien élevée et bien éduquée, qui défend des valeurs bourgeoises, comme son père. Elle admire
l'ordre et la structure dans la vie. Elle a des inquiétudes à propos de son mariage. Elle ne veut pas se marier pour se marier. En
tant que personnage bourgeois, elle se considère différente des autres filles de son âge et de sa stature. Elle dit, "je ne m'ennuie
pas d'être fille" à quoi Lisette répond, "Cela est encore tout neuf" (Acte I, scène i). Ses vues différentes incluent l'idée
révolutionnaire que le mariage doit reposer sur l'amour, et non sur les raisons financières des deux familles. Silvia dit à Lisette,
"Ce n'est pas à vous à juger de mon coeur par le vôtre." Pourtant, le mariage arrangé prévaut et le mariage amoureux reste un
luxe et un privilège jusqu'au vingtième siècle. C'est une femme très dogmatique qui déteste les maris qui ont "cette physionomie
si douce, si prévenante, qui disparaît un quart d'heure après [sa tendresse initiale] pour faire place à un visage sombre, brutal,
farouche, qui [fait] l'effroi de toute une maison" (Acte I, scène i). Donc Silvia a de l'esprit, ce qui la rend très réaliste et très
raisonnable. Elle a le sens de s'intéresser au bon caractère de son mari, pas à son beau visage ni à son "masque".

En tant que jeune fille riche et privilégiée, Silvia a un sens de sa classe et de sa supériorité très singulier. La manière dont elle réagit avec Lisette, en la traitant comme une inférieure, expose ses croyances de classe. Selon Silvia (et selon son père et son frère), les domestiques sont des sots qui ne méritent pas l'égalité sociale. En parlant avec son père et frère, Silvia proclame que "les valets sont naturellement indiscrets, l'amour est babillard, et j'en ferai l'historien de son maître" (Acte I, scène v). La maîtresse montre son orgueil aristocratique quand elle dénonce les paysans en disant, "je n'épouserai jamais qu'un
homme de condition" (Acte I, scène vii). Donc elle est étonnée quand elle ressent l'amour pour Dorante "Voilà un garçon qui me surprend malgré que j'en aie" (Acte I, scène vii). Silvia se sent naturellement supérieure à cause de sa mentalité aristocratique. Elle est une personne de qualité, ayant une position et de ressources économiques, et elle le sait.

Malgré son bon sens, Silvia est contrôlée par sa volonté dans Le jeu de l'amour et du hasard. Ses émotions l'étonnent et la
conduisent dès qu'elle rencontre le noble Dorante, qu'elle croit être un valet. Elle dit de lui, "Ce garçon-ci n'est pas sot" (Acte I,
scène vii). À la différence de l'amour courtois, l'amour de Marivaux n'est pas séparé de sa forme physique. L'amour de Silvia
n'est que de la sensualité qui a la forme de tendresse intellectuelle, pas de tendresse physique. Les amants ne se satisfont pas
de l'amour sexuel pour quelque temps mais ils l'attendent. Silvia rejette la notion bourgeoise du mariage : unifier deux familles,
deux fortunes pour la stabilité et pour d'autres raisons pratiques. Au lieu de cela, elle accepte pour elle-même la frivolité. Elle
obéit à ses émotions. Silvia se trouve attirée par Dorante : "je crois qu'il m'amuse" (Acte I, scène vii). Elle perd sa pensée en
présence de lui, ou elle veut rester avec lui : "Tu m'as fait perdre mes idées aussi, à moi." Silvia est impressionnée par l'esprit
vivant de Dorante. Elle dit de lui, "j'ai soin que ce valet me parle peu, et dans le peu qu'il m'a dit, il ne m'a jamais rien dit que de
très sage" (Acte II, scène vii). Silvia éprouve quelque peine à cause de son amour pour Dorante "Quelle fantaisie il s'est allé
mettre dans l'esprit ! "-Acte II, scène ix). Mais çela ne dure pas longtemps. Elle se donne à lui pour soutenir le jeu de l'amour et
de plus elle n'aime pas qu'il soit valet. La classe de Dorante est importante. Silvia ne l'accepte complètement qu'au moment où il
révèle qu'il appartient à une classe supérieure.

Au contraire de l'amour de Lisette et d'Arlequin, le "jeu de l'amour" pour Silvia et Dorante est de découvrir la vraie passion
qu'ils éprouvent l'un pour l'autre. Il faut déguiser les sentiments amoureux pour exciter le désir; c'est une partie de la séduction.
Il est important que Silvia ne cherche pas à transcender l'amour physique, mais plutôt à le remettre pour intensifier les sentiments
d'extase et de désir. Le fait que Silvia se soumette à ses désirs à la fin de la pièce fait d'elle une femme de l'époque roccoco.
Elle n'est pas du tout libertine, mais elle donne une valeur égale à la passion et à la raison. Il est convenable que ses sentiments
et ses moeurs la mènent à la même conclusion: Selon elle, Dorante est suffisamment charmant et logique pour qu'elle puisse lui
donner le reste de sa vie. Le "jeu" consiste en badinage amoureux, en déguisements, en jeux de mots. Les mots séparent
l'homme de la femme. Comme maîtresse typique de ces temps et de cet endroit, Silvia distingue clairement l'amour-tendresse
et l'amour-désir et elle fait usage de l'un pour augmenter l'autre. Ces détours subtils de l'intrigue, des mots, des moeurs
religieuses font le style capricieux de la Régence et du règne de Louis XV: le marivaudage.

Malgré l'ignorance de Silvia dans les deux premiers actes, l'effort amoureux est un procès très conscient pour la jeune femme. En décidant comment agir vis à vis de Dorante, qui est apparemment le seigneur adorant une suivante, Silvia dit, "je veux un combat entre l'amour et la raison" (Acte III, scène iv). Pour Silvia, il faut quelquefois abandonner l'amour ou la raison pour vivre comme une femme riche et libre du dix-huitième siècle. Pour Marivaux, l'amour convient nécessairement avec la raison et l'ordre naturel. Le jeu de l'amour et du hasard est au milieu de la société roccoco et les personnages marivaudiens reflètent la frivolité d'une époque obsédée par l'excès, l'amour et la vie.

Commentaires


Par really le 19 février 2016 à 18h47
cest pour le BAC ?? Je suis en 4eme je l'etudie Déjà !


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