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Le jeu de l'Amour et du Hasard
Illustration
Marivaux - Le jeu de l'Amour et du Hasard - Les Déguisements


DÉGUISEMENTS

Dans Le Jeu, quatre personnages sur six sont déguisés. Le masque est donc une forme essentielle de la dramaturgie. Les personnages se travestissent au début du premier acte et il faut attendre la fin du troisième acte pour voir tous les masques tomber.
Une conséquence de ces artifices est d'accroître l'ambiguïté des caractères et des relations entre les personnages. Chaque personnage est double : lui-même et cet autre qu'il tente d'imiter. De surcroît, il se trouve confronté, dans chaque rencontre décisive, avec un personnage que sa dualité rend difficilement déchiffrable. On comprend par là le titre du Jeu de l'amour et du hasard dans sa traduction allemande : " Mask für Mask " (Masque pour masque). Chacun est une énigme pour l'autre. D'autant qu'au masque matérialisé par les déguisements s'ajoute l'écran constitué par le langage lui-même. En effet les personnages du Jeu tentent de mystifier ceux qu'ils rencontrent par leur discours. Pour se faire passer pour un " Monsieur " aux yeux de Lisette, Arlequin cherche à employer le style noble.
Tant que les personnages jouent ainsi un rôle et gardent un secret, la transparence de la communication ne peut être assurée. En voulant à la fois exprimer ce qu'ils ressentent et cacher qui ils sont, les personnages finissent par ne plus se comprendre. Silvia, par de perpétuelles questions, manifeste la difficulté de communiquer due à l'opacité du langage : " Qu'on s'explique ? ", " Que veut-on dire ? ", " Qu'est-ce que cela signifie ? "
Le langage est donc un second masque qui rend parfois obscurs les sentiments véritables ou les rapports de force qui naissent entre les personnages et il engendre des doutes, des inquiétudes et des malentendus.


CRISE D'IDENTITÉ

Le rôle du masque est peut-être précisément de faire naître des interrogations. Le masque ne peut être considéré, dans Le Jeu, comme une simple " ficelle " du théâtre ou comme une convention de la comédie. En créant l'ambiguïté, le déguisement invite à la réflexion. Les personnages qui font l'expérience du déguisement et se risquent ainsi à " jouer l'autre " sont amenés à s'interroger sur leur propre être, sur celui de leur protagoniste, enfin sur le sens de leur aventure.
Pour cela Marivaux a choisi des personnages jeunes dont l'identité n'est pas totalement fixée. Il en est ainsi de Silvia qui s'interroge dans la première scène et se demande : " Que serai-je ? " Marivaux a admirablement saisi cet instant de doute où l'adolescente craint d'être femme, appréhende ce changement de statut et de nom.
L'imminence du mariage donne ici une dimension sociale à cette interrogation existentielle : épouser quelqu'un, c'est encore changer d'identité, en entrant dans le jeu réglé de la vie mondaine.
On peut, à partir de là, donner une première interprétation de la présence des masques dans la pièce : jouer, prendre le masque, ce serait, momentanément, refuser l'engagement social et par le simulacre échapper à la fixation d'une nouvelle identité. Le masque assurerait ainsi une protection et une liberté. Mais cette liberté est génératrice d'illusions.


LES DANGERS DU MASQUE

Un deuxième aspect du masque apparaît ici dans les risques qu'il comporte. Le déguisement pris par Silvia et Dorante pour mettre l'autre à l'épreuve est utilisé pour duper. Dès lors, plusieurs questions sont posées. L'épreuve n'est-elle pas une entreprise perverse destinée à s'assurer une domination sur l'autre, tout en restant soi-même prémuni ? Et, de la sorte, la prise du masque n'aboutit-elle pas à une participation à ce jeu social impitoyable des trompeurs et des trompés que Silvia dénonce dans la première scène du Jeu ?
L'ambiguïté du masque, instrument de pouvoir et de liberté, éclate. D'autant que la liberté qu'il donne peut se transformer en aliénation. En effet, en se déguisant, le personnage risque sa propre identité. Il en vient à douter de lui-même comme des autres. Les positions dans la hiérarchie sociale se trouvant déplacées, il est à la recherche de ses repères.
Ainsi les valets s'étonnent de leur nouveau pouvoir et veulent faire durer ce secret qui le leur donne. Silvia et Dorante, au contraire, se trouvent dans un monde qui leur échappe et où leur autorité n'est plus reconnue. Dès lors, on comprend que leur déguisement leur pèse, que le jeu devienne cauchemar. D'ailleurs, dès l'acte II, Silvia veut jeter le masque, (" C'est que je suis bien lasse de mon personnage ", acte II, sc. 11). Dans la scène suivante, c'est Dorante qui se découvre (acte II, sc. 12).

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